I still have a dream… ou une histoire presque ordinaire

Aujourd’hui, j’ai été témoin d’un événement. Une scène de la vie presque ordinaire qui m’a particulièrement interpellé par sa violence sournoise, mais m’amène ce soir à cette réflexion. J’ai été témoin de racisme.

          Je me rendais, depuis Bordeaux, vers ma contrée reculée de l’Est pour réveillonner en famille. Alors que j’avais un changement de bus à Lyon et que j’allais de nouveau reprendre la route, j’ai surpris le conducteur refuser à une dame noire et son jeune fils âgé d’environ 6 ans l’accès au bus (FlixBus pour ne pas les citer) prétextant qu’elle ne pouvait présenter de passeport. Le bus que je prenais se rendait à Düsseldorf et n’importe quel citoyen européen, espace Schengen oblige, aurait pu voyager et passer la frontière avec une simple carte d’identité, comme l’a suggéré cette femme. Ce qui m’a le plus interpellé, c’est que cette mère et son enfant aient été les seuls à se voir demander un passeport. Refuser l’accès, quel que soit l’endroit, à une personne d’une autre couleur, même sous un faux prétexte, est un acte raciste. Rosa Parks, Malcolm X, Gandhi, Nelson Mandela, Simone de Beauvoir et tous ceux qui ont un jour milité pour une cause égalitaire doivent se retourner dans leur tombe.

          Bien longtemps après cette longue et pénible nuit de voyage, je reste hanté par cette scène. Tout ce que je veux n’est pas dormir mais écrire ceci car je ne cesse de revoir cette scène révoltante. Un sentiment de tristesse devant mon impuissance, et de révolte aussi. Impuissant face à cette situation. Impuissant car le conducteur était un homme borné, armé d’un petit rictus sans ambiguïté, qui a refusé l’accès de son bus à cette dame et son fils sans montrer le moindre signe de compassion. Certains passagers lui jetèrent un regard noir, d’autres l’apostrophèrent. Sa décision était sans aucun doute actée dès le moment où il a vu ces deux personnes approcher de son bus. Elle avait pourtant payé son billet comme tout le monde. Mais elle ne put embarquer et resta là, seule avec son fils, regardant le car s’en aller… Je n’ai pu trouver le sommeil. Mes sentiments étaient contradictoires : je haïssais cet homme à qui je faisais confiance pour m’emmener à destination. Mais la haine amène la haine. Haïr ne sert à rien et la colère une faiblesse.

          Cependant, cela m’a rappelé que ces actes sont encore aujourd’hui très fréquents en France, dans « le pays des droits de l’Homme ». Et il n’est pas uniquement question de racisme, mais aussi de xénophobie, de comportements anti-confessionnels et plus généralement de stigmatisations de minorités, de discriminations, ce qui, à mon sens, dépasse tout entendement dans une société contemporaine et soi-disant bien éduquée, tolérante. Voici l’article premier de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme et du citoyen, à titre de rappel :

« Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

          Ce principe devrait être le premier à diriger notre société au lieu de passer pour un objet de débats nauséabonds. De mes yeux de jeune étudiant de 18 ans (peut-être naïf), encore idéaliste, humaniste et à la vue de tous les combats que des gens/peuples de différentes ethnies, nationalités, sociétés ont pu mener pour l’égalité, la fraternité, la liberté, les mentalités devraient encore progresser vers la tolérance, la fraternité, l’unité, et ce, quel que soit le sexe, la couleur de peau, les opinions politiques… De vieux débats qui ne devraient même plus avoir raison d’être continuent d’exister: nous en sommes encore à débattre sur l’IVG, la place de la religion en France, les droits des homosexuels, et tellement d’autres sujets. Ce sont autant de causes dont le temps ne semble avoir raison, tant les mentalités d’un autre millénaire continuent à parasiter celles de progrès. Tous ces débats me lassent, m’agacent et m’attristent au quotidien. Comme Martin Luther King lors de son célèbre discours à Washington le 28 août 1963 :

« Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Géorgie les fils d’anciens esclaves et ceux d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité […] Je rêve que mes quatre petits-enfants vivront un jour dans une nation où ils ne seront pas jugés sur la couleur de leur peau, mais sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve ! »

          Si Martin Luther King était amené à faire le même discours aujourd’hui, il dirait sûrement « I Still Have A Dream ». Et j’ai moi-même toujours ce rêve. Mais est-ce normal qu’on rêve aux mêmes valeurs humanistes en 2016 comme en 1963 ? Est-ce normal qu’au XXIème siècle, des gens se battent encore pour le droit des Noirs, des homosexuels, de la Femme dans un monde soi-disant évolué ? Je n’ai sans doute pas la réponse à ces questions mais tout à chacun peut avoir son avis sur la question. Le rêve d’une harmonie totale entre tous, indépendamment de nos différences, ne relève pas de l’utopie. J’ai malheureusement le sentiment qu’il faudra encore beaucoup de temps pour donner corps à ce rêve.

François Collet

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