Un air de boulevard

Dans le cadre de sa tournée dans toute la France, le groupe de Boulevard des airs – se qualifiant lui-même d’éclectique – s’est arrêté au Krakatoa de Bordeaux. L’occasion pour le N’info de s’entretenir avec le chanteur Sylvain Duthu, ici à gauche.

Concrètement Boulevard des airs, c’est quoi ?

C’est d’abord un groupe de musique qui s’est formé au lycée il y a 12 ans. Un groupe qui a fait beaucoup de chemin depuis le lycée. On est devenus « professionnels » en 2011, c’est à dire qu’on vit de notre musique depuis cette époque-là. L’époque du premier album.

Apparemment, vous avez pas mal bourlingué dans les scènes locales avant d’en arriver là ?

Oui pendant pas mal de temps… Six ou sept ans de bars, de petits concerts dans des petites salles.

Ce qui m’avait interpellé, puisque vous êtes régulièrement cités comme des espoirs en 2011…

On était vraiment méconnus du grand public, on ne touchait pas beaucoup de monde. Forcément, on jouait dans de petits trucs et assez peu souvent puisque les plus âgés travaillaient à côté et que les plus jeunes étaient à peine au lycée. Ensuite, on est devenus étudiants tout en continuant le groupe à côté. Aujourd’hui nous voilà au troisième album… Depuis 2011, on ne peut pas dire qu’on s’est arrêté. On a enchaîné des centaines et des centaines de concerts partout en France et aussi à l’étranger.

En Argentine notamment…

En Uruguay, en Allemagne, En Espagne, au Québec, en Suisse, au Mexique… principalement en France quand-même.

« C’est d’abord un groupe de musique qui s’est formé au lycée il y a 12 ans. Un groupe qui a fait beaucoup de chemin depuis le lycée. »

Au final, comment avez-vous été amené à vous rencontrer ?

Florent et Jean-Noël Dasque étaient frères et se connaissaient depuis… longtemps (rires). Personnellement, je connaissais Laurent Garnier, le bassiste, depuis très longtemps aussi. On a commencé la musique à 5 ans ensemble dans notre village. J’ai rencontré Florent ensuite en 2004, où je lui ai proposé de monter un groupe. C’est à partir de là qu’a commencé à la fois notre histoire de groupe et d’amitié.

Cela peut paraître atypique, puisque beaucoup de groupes étaient déjà amis à la base avant d’en monter un ensemble.

Dans notre cas, c’était sur le tas. Certains d’entre nous se connaissaient, d’autres non, et on s’est véritablement connu grâce à la musique et à ce projet.

A l’époque, considériez-vous ce groupe comme un simple hobby ou rêviez-vous de plus ?

Pas du tout, ce n’était même pas un rêve pour nous de devenir musiciens, artistes, je ne sais pas comment le dire. On n’y pensait pas du tout, c’était vraiment un hobby.

Vous concernant, que vouliez-vous faire après vos études ?

Après le lycée, je suis parti à Sciences Po et je souhaitais travailler dans des structures artistiques, telles que des galeries, des musées, etc. Sinon plutôt dans des festivals mais de l’autre côté pour le coup. Florent voulait devenir professeur des écoles, moi aussi à la base avant d’aller à Sciences Po. Certains ont fait des études d’architecture… On est très différents, on vient de milieux très différents et on avait des aspirations très différentes. Malgré cela, on s’est soudés autour de ce projet et on est encore là aujourd’hui.

La langue espagnole est régulièrement présente dans vos chansons. C’est important pour vous ?

Cela vient surtout du fait que l’on est originaire de Tarbes, qui est très proche de l’Espagne. Mes grands-parents sont originaires de Barcelone, sans compter le régisseur, le chauffeur de bus et la chanteuse qui sont aussi espagnols. On a aussi beaucoup d’influences musicales hispaniques. Je pense même à Manu Chao, mais aussi au flamenco et d’autres activités plus spécifiques. On ne revendique pas forcément nos origines, on vient d’où on vient et c’est comme ça.

En 2011, vous émergez, vous sortez votre deuxième album deux ans après, puis vous faites les premières parties de Tryo… Que cela représentait-il pour vous, à l’époque ?

On fait alors 9 zéniths et un Bercy, ce qui était énorme pour nous. C’était impressionnant et surtout super cool de la part de Tryo, de nous inviter sur scène. On a rencontré un public immense… Christophe Mali – de Tryo – a ensuite réalisé notre mise en scène et on a également fait un morceau en commun. Ça a très bien accroché avec eux, puis on a pris notre envol. En 2015, on arrive au troisième album qui nous fait passer encore un cap avec Emmène-moiBruxelles… des titres que l’on a composé comme tous les autres à la maison, dans notre studio, à l’instar de nos deux premiers albums. Avec des moyens un petit peu mieux quand-même, un meilleur micro, un meilleur ordinateur… mais quand-même un peu à l’arrache au final.

Vous n’imaginiez pas alors le succès à venir ?

C’est impossible de le savoir. Tu peux l’espérer, tu peux le craindre, mais tu ne peux pas le prévoir. On est carrément surpris. Même maintenant, en fin de tournée 2016 où tout est complet, on trouve cela hallucinant.

Vous vous rendez alors compte que vous avez un public qui vous suit.

Oui, on a toujours eu des gens qui nous suivent mais à une bien moindre échelle. On s’en rends compte avec des salles comme le Krakatoa par exemple qui affiche complet ce soir. Je me souviens qu’on y était déjà passé il y a deux ou trois ans, et ce n’était pas complet.

« De mettre des couleurs sur un truc bien carré, je dirais que c’est un peu ça oui »

Une belle revanche en somme…

Oui c’est sûr ! C’est la même chose pour Istres, où l’on s’était produit à un endroit qui s’appelle L’usine, composée de deux salles : un côté bar avec une capacité de 300 personnes et l’autre côté avec 1500 places. Il y a trois ans, on était du côté bar, et hier soir du bon côté. C’est cool puisque c’est progressif et que l’on va dans le bon sens. On sait que ça ne va pas continuer éternellement, et c’est pour ça qu’on en profite.

On vous qualifie souvent de groupe éclectique. Cette description vous convient-elle ?

Ouais carrément ! On n’a jamais été cantonné à un style en particulier dans nos albums. On assume le fait d’avoir changé, personnellement d’avoir grandi. Notre premier album est composé de chansons que l’on écrit à 15-18 ans… Pour le troisième, on approche la trentaine. On a fait du chemin depuis. On n’écoute plus les mêmes choses non plus. Déjà à l’époque, on faisait des titres très variés, ça n’a pas changé aujourd’hui et peut-être que le prochain album sera vraiment différent…

Vous vous projetez donc déjà sur un prochain album ?

Oui oui, même si on n’y est pas encore vraiment dessus. Évidemment, on n’a pas le temps avec la tournée en cours.

Personnellement, il y a une phrase dans Bruxelles qui m’avait beaucoup intrigué : « une toile de Mondrian, que je saccage de mille couleurs… ». Cela vous caractérise assez bien.

De mettre des couleurs sur un truc bien carré, je dirais que c’est un peu ça oui. Cette image, je l’ai écrite pour cette fille qui danse dans le clip et je l’imaginais danser là-dessus. Bon après, j’avais écrit ça lors d’une fête avec plein d’images dans la tête, mais il ne faut pas le dire… (rires). En tout cas, sans vouloir nous dénigrer, on fait des chansons assez basiques. On vient de la variété française et on a rien réinventé. On essaie de faire de belles mélodies, et de belles chansons. Je pense tout de même qu’on a quelque chose à part, des retours que l’on a en tout cas. Une certaine proximité avec les gens, une humilité, une énergie qui pourrait représenter les couleurs sur cette toile.

Vous essayez donc de transmettre une certaine chaleur au travers de votre musique.

On essaie surtout d’être naturels et de renvoyer nos valeurs au public. Dans certains et textes, on va aborder telle valeur et la meilleure façon de la transmettre selon moi, c’est de rester nous-mêmes.

Lorsque vous sortez San Clemente en 2011, on vous sent assez engagés.

C’est une question compliquée à répondre, puisqu’on est 9 dans le groupe. On ne s’entend pas tous sur les mêmes sujets, on est différents. Cet engagement du groupe reste évident, sans pour autant être moralisateur. On s’interroge sur pas mal de choses à l’heure actuelle. On a envie que ce soit différent, certaines choses nous révoltent. L’immigration est un sujet qui nous tient à cœur. Tous ces sujets émergent de nos valeurs que sont a tolérance, l’ouverture, l’amour. Notre engagement se révèle aussi au quotidien, puisqu’on rassemble des gens qui n’ont absolument rien à voir entre eux… C’est pas grand-chose, mais ce sont des petits bouts de…

… De petites victoires

Exactement ! C’est déjà ça (sourire).

J’imagine que le fait d’avoir grandi près d’une frontière explique en partie votre attachement à ces valeurs.

Oui c’est sûr ! Mes grands-parents sont aussi des immigrés, mais même sans cela, c’est juste du bon sens pour moi. C’est notre vision des choses, les gens peuvent penser différemment et on les accepte aussi. Il y a des gens du public qui nous disent être en désaccord avec nos textes… On peut discuter ensemble et on préfère la tolérance au conflit… même si parfois l’engagement politique implique le conflit.

«  Cet engagement du groupe reste évident, sans pour autant être moralisateur »

Vous restez assez indépendants concernant votre production… C’est quelque chose qui vous tient à cœur ?

Oui vraiment. En 2011, on signe notre premier album dans la major Sony Music, on y est toujours aujourd’hui, et notre condition si nae quo non était de garder notre indépendance. On est auto-producteurs, ce qui signifie qu’on produit nous-mêmes nos albums, nos clips, nos visuels… Ce qui signifie qu’on doit tout payer par contre (rires). Au moins, on est libres de faire ce que l’on veut. On n’a pas de directeur artistique par exemple.

N’y a-t-il pas aujourd’hui une tendance croissante des artistes de se passer des gros labels pour rester indépendants ?

Je pense qu’il y a un retour vers les petits labels à taille beaucoup plus humaine, où l’on a un rapport direct avec les intervenants. C’est plus direct et on a l’impression qu’ils sont plus focalisés et intéressés sur toi avec un suivi personnalisé. A contrario d’énormes majors, telle que celle où l’on est par exemple. Quand t’es au milieu de Julien Doré, JayneMaître Gims… Il y a une angoisse d’être paumé au milieu de tous ces artistes-là. Pour nous ça fonctionne bien, et c’est bien l’essentiel. Tout va dépendre du contrat que tu signes avec ta maison de disques, mais pour nous ça se passe très bien.

Vous côtoyez-vous en tant qu’artistes du même label ou pas du tout ?

Ça dépends. On ne se croise pas si souvent que ça, d’autant plus qu’il est tellement grand… Il y a même les Daft Punk ou encore AC/DC qui se produisent sur notre label, pour te dire… On a déjà croisé Jayne avec qui on s’entend bien. Notre tourneur, qui est plus petit, nous permets d’en côtoyer plus souvent, notamment VianneyCats on Trees.

« On a monté un truc, on a réussi et peut-être qu’après on s’arrêtera quand on ne s’y attendra pas. Peut-être aussi qu’on continuera jusqu’à 50 ans mais ça m’étonnerait »

Après avoir réalisé des concerts dans le monde entier, lequel de vos voyages vous a le plus particulièrement touché ?

J’ai l’impression que ça ne s’est jamais arrêté depuis 2011, donc je dirais que c’est un tout. Il y a une tournée qu’on a fait il n’y a pas si longtemps à Tahiti, Moorea qu’on avait trouvé très marquante. Marquante, parce qu’à l’autre bout du monde, parce que le paysage… A Papeete, il n’y a qu’une seule grosse salle donc on a beaucoup joué dans des restaurants, des hôtels, et c’était clairement un des plus beaux voyages. Le paradis quoi. On y est restés très peu de temps mais on y retournera… Lorsqu’on part en tournée, on essaie de rencontrer autant que possible les gens et de visiter à droite à gauche, mais ce n’est pas toujours possible… En Argentine, par exemple, ça n’était pas du tout le cas. Avec toute la promotion, on a quasiment rien vu de la ville de Buenos Aires. Le « boulot » quoi.

Et vous prenez toujours autant de plaisir à faire votre « boulot » ?

Je dirais que oui, et même qu’on en prends de plus en plus à le faire au fur et à mesure que l’on évolue. Cette année, on est dans un cercle vertueux, c’est complet partout, on a une belle équipe technique, un confort avec notre super bus de tournée… Quand tout va bien, tout va bien quoi (sourire). Peut-être que si cet album et cette tournée seraient un échec, on ne dirait pas la même chose. Sûrement même (rires) !

Alors vous comptez continuer combien de temps encore ?

C’est une très bonne question… On a pas la réponse. Très franchement, je n’en ai aucune idée.

Vous n’avez jamais voulu vous produire en solo chacun de votre côté ?

On se l’est dit oui. En tout cas, qu’on ne ferait pas ça toute notre vie. On fera peut-être des trucs à côté, ou bien on reprendra une vie normale et on fera quelque chose qui n’a rien à voir. Je pense que changer de vie nous correspondrait pas mal. On a monté un truc, on a réussi et peut-être qu’après on s’arrêtera quand on ne s’y attendra pas. Peut-être aussi qu’on continuera jusqu’à 50 ans mais ça m’étonnerait.

Sachant que vous êtes peut-être au sommet de votre carrière, on doit commencer à vous reconnaître dans la rue…

Eh bien pas tant que ça tu vois. Sachant qu’aucun de nos visages ne sont sur nos albums ou nos affiches. C’est nouveau qu’il y ait nos têtes dans les clips, depuis les trois dernières on va dire… surtout celles de Florent et moi en tout cas. Du coup, personne ne nous reconnaît dans la rue (rires). Tant mieux, parce que ça change énormément de choses. A Tarbes où l’on habite, tout le monde nous connaît pour le coup. Il y a toujours quelque chose de bizarre quand on te reconnaît. C’est chouette aussi, c’est toujours respectueux comme rapport, surtout qu’ils sont assez fiers de nous là-bas. Malgré tout, je préfère cette situation d’anonymat, on est plus tranquille. Ça me va très bien.

Pour conclure, si vous deviez dire quelque chose à vos fans, ce serait quoi ?

Rendez-vous sur la tournée de l’année prochaine, où l’on sera notamment à l’espace médoquine de Bordeaux en mai, et partout en France.

Propos recueillis par Romain Ethuin

 

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