Le N’info a vu: Frantz – ou le mensonge sublimé

Avec Frantz, sorti le 7 septembre dernier, François Ozon signe son premier long-métrage entièrement filmé en noir et blanc, si l’on ne tient pas compte des passages en couleur qui relèvent de l’onirisme et de l’imaginaire. En personnage principal, nous retrouvons Pierre Niney, à la silhouette svelte et longiligne, en parfaite adéquation avec ce mélodrame à l’allure classique et élégante. Paula Beer, qui interprète si justement Anna, apparaît comme la véritable révélation de ce judicieux récit historique vu du côté allemand.

Peu de temps après la fin de la Première Guerre mondiale, dans une petite ville allemande, Anna se rend quotidiennement sur la tombe de l’homme avec lequel elle devait se marier à l’automne 1919, mort pour sa patrie au combat. Un beau jour, elle y trouve un jeune ex soldat français, Adrien Rivoire, venu déposer un bouquet de fleurs pour Frantz. Manifestement, celui-ci entretenait un lien bien mystérieux avec Frantz. Cette croisée des destins va bouleverser le cours de la vie des deux protagonistes.

Le rythme très lent de ce film nous tient en haleine jusqu’à la révélation du secret lourd à porter d’Adrien. Ozon nous mène à sa guise sur des fausses pistes jouant avec le magnétisme et la sensibilité intrigante du personnage de Pierre Niney dans le but de créer un lien de confiance entre la famille du défunt soldat et le jeune Rivoire. En effet, Adrien va s’introduire dans la vie de cette famille, encore sous le choc, prétendant qu’il fut un ami proche de Frantz. Adrien va alors relater les souvenirs qu’il a partagé avec lui à des parents ne demandant qu’à raviver la mémoire de leur fils.

Le réalisateur use et abuse de la retenue des émotions pour nous laisser, nous spectateurs, dans le doute le plus longtemps possible. Son film aborde essentiellement les thèmes du deuil, de la culpabilité, du mensonge et de l’amour. Tout en arborant un esthétisme très sobre mais raffiné, Frantz pose également la question de la vérité : parfois, le mensonge n’est-il pas meilleur remède que la vérité ? Ce mélodrame pour le moins pacifiste met en lumière la rancœur allemande d’après-guerre face à un désir d’harmonie et de nouveau départ dans chacun des camps. Tirée d’une pièce de Maurice Rostand, datant de 1925, Frantz établit un parallèle touchant entre la vision de l’après-guerre française et allemande et connecte deux âmes en peine alliant leur chagrin de nature différente pour avancer.

Margaux Vidal

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