De Profundis

Crédit photo : patheos.com

« Des profondeurs je crie vers toi seigneur »… Ce psaume de la bible sied parfaitement à l’esprit de la série. Mélancolique et torturé, le chef d’oeuvre « The Leftovers » – nouveau bébé de Damon Lindeldof (Lost) – a tout pour faire grimper la côte des anti-dépresseurs. Armée d’une bande son puissante et magistralement orchestrée par Max Richter, il serait criminel de passer à côté de la nouvelle sensation du moment, une fois de plus amenée par la chaîne cablée américaine HBO.

Les 2 % et les 98 % qui restent

Comme il est fascinant d’observer à quel point, le simple chiffre 2 peut avoir des répercussions aussi gargantuesques sur la vie des gens. Si 2 % à l’échelle d’un pays peut paraître peu, les proportions n’ont plus rien à voir dès que l’on ramène ce chiffre à l’échelle du monde. Ces 2 %, ce sont ceux qui ont disparu un 14 octobre qui, pourtant, avait débuté comme tous les autres jours qui se suivent et se ressemblent. 2 %, cela équivaut à plusieurs centaines de millions de personnes ayant disparu dans le monde entier, d’un coup d’un seul, sans aucun début de sens ni d’explication. Des amis, des proches, des collègues, des enfants, des hommes, des femmes ; aucune distinction n’est possible, ce qui rend la frustration et l’incompréhension de ceux qui restent d’autant plus fortes. Dans un monde en mouvement permanent, le choc est rude, la planète s’est arrêtée de tourner. Ce traumatisme mondial, éminemment brillant et intrigant constitue le point de départ de la série. Une série qui, comme son nom l’indique, se concentre avant tout sur The leftovers.

Psychanalyse d’un monde meurtri

Le scénario prend place à Mappleton, 3 ans après la grande disparition. Au cœur de ce trauma globalisé, nous suivons le shérif Kevin Garvey qui essaie tant bien que mal de recomposer sa famille volée en éclats depuis. Tommy, son fils s’est enfui de la maison, traînant auprès d’une sorte de gourou guérisseur, tandis que sa fille Jill, est brisée, désabusée, cherchant à noyer ses problèmes auprès de ses amis – ce qui reflète très certainement une réflexion sur la génération actuelle. Sa femme enfin, Laurie Garvey a pour sa part décider d’abandonner sa famille suite à la disparition de son bébé alors qu’elle était encore enceinte. Meurtrie au plus profond d’elle-même, elle va rejoindre le mouvement croissant des « Guilty Remnants » – littéralement les survivants coupables. Les membres de cette secte ont fait vœu de silence et ne communiquent que grâce à un calepin et un stylo. Tous vêtis de blanc, ils ont très probablement plusieurs cancers au poumon à leur actif au vu du nombre de clopes qu’ils fument par jour. Au delà de ça, ils ne cessent de harceler le reste de la population qui tente douloureusement d’oublier, martelant que la fin du monde est arrivée. Évidemment les réponses ne sont pas courtoises et virent très vite aux débordements, à la violence et même aux lynchages.

Références divines

Dans un monde autant dénué de sens, la métaphysique et la religion occupent logiquement une place prégnante au cœur de la série. Un parti pris clairement affiché dès le générique de la saison 1 qui utilise les codes de « La création d’Adam » de Michel Ange et plus globalement ceux de la chrétienté et de la Bible. Le mystique est au cœur de l’intrigue – ce qui peut paraître normal dès lors que des centaines de millions de personnes disparaissent subitement tout compte fait. Kevin Garvey et son père d’abord qui semblent entendre des voix dans leurs têtes. Si Kevin Garvey Sr affirme qu’il s’agit là de la voix des anges et qu’une force supérieure lui dicte ce qu’il doit faire, son fils prêche plutôt la folie. Néanmoins, la série reste très ambiguë sur cette notion, notamment au cœur de la saison 2 où le paranormal et la croyance sont passés à un stade nettement supérieurs. Le révérend Matt Jamison, introduit dès la première saison, fait partie intégrante de ce lien entre religion et surnaturel, sachant qu’il prêche la bonne parole tout en étant soumis à un miracle dans la ville de Jarden, d’ailleurs surnommée Miracle – le hasard fait bien les choses. Véritable chef d’œuvre de bout en bout, les 20 épisodes de la série se dégustent tel un grand cru qui fera son ultime retour en automne pour venir conclure ce bijou télévisuel. Un conseil : Regardez !

Romain Ethuin

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