Crise des migrants: l’Histoire en marche

Impossible de ne pas être au courant. Les migrants sont au cœur de l’actualité internationale. Ce drame tourne en boucle dans les médias et brûle toutes les lèvres depuis plusieurs mois déjà. On ne reconnaîtra l’ampleur de cette crise humanitaire qu’au travers des livres d’Histoire. Une crise qui dessine petit à petit l’échec d’une Europe dépassée et divisée. Une crise qui remet au goût du jour les mentalités les plus putrides de l’Histoire.

Le bassin de la mort

Avec près de 5000 morts en Méditerranée, dont plus de 2000 déjà en 2015, ce drame est devenu une triste réalité du quotidien. On se souvient tous du triste événement qui s’est déroulé dans la nuit du 18 au 19 avril dernier. Le jour où près de 900 migrants perdirent la vie au cours d’un naufrage. Le jour où l’Europe fit face à ses responsabilités, rappelée à l’ordre par le HCR – le Haut Commissariat aux Nations Unies pour les Réfugiés. Des milliers, des dizaines de milliers de réfugiés – car il s’ agit bien là de réfugiés politiques en majorité, contrairement aux spéculations de migration économique – fuient leur pays. C’est toute une région du monde qui plonge dans le chaos. Qu’ils soient somaliens, syriens ou irakiens, ils sont tous prêts à payer jusqu’à plusieurs milliers de dollars pour offrir un avenir à leurs enfants. Pour avoir l’opportunité de vivre tout simplement, comme tout être humain devrait pouvoir y accéder. C’était probablement le rêve du petit Aylan, noyé en Turquie. Une photo coup de poing qui a réveillé les consciences. Pour autant, rien ne bouge. Les gouvernements européens – amorphes et incapables de s’entendre – détournent les yeux, en espérant que le problème se réglera de lui même. Un spectacle lamentable qui met en exergue une union européenne fragile et sclérosée. Une union fissurée et passive, qui rate un tournant de l’Histoire.

Populisme à gogo

Sommes-nous réellement capables d’accueillir autant de personnes ? Cette problématique, somme toute plutôt légitime, revient constamment sur le devant de la scène. Elle ne devrait pourtant pas élaguer une question plus essentielle encore : pouvons-nous, en toute connaissance de cause, laisser mourir autant de personnes dans l’indifférence générale ? La France, pays des droits de l’Homme et du citoyen, semble bien éloignée des valeurs qui ont fait sa renommée au cours de l’Histoire. Cet afflux de réfugiés se conjugue à un climat économique délétère, à la remise en cause des droits sociaux ainsi qu’à une radicalisation politique bien visible d’une partie de la population. Ce cocktail explosif fait le jeu des discours populistes et identitaires de plus en plus présents ces derniers temps. On se rappelle notamment du maire Les Républicains de Roanne, qui annonçait début septembre, ne vouloir accueillir que des réfugiés chrétiens. Une preuve de plus, s’il en est nécessaire, que le pacte républicain est brisé, que le « vivre-ensemble » se consume. Avec un climat d’insécurité générale – qui fait le jeu des médias sensationnalistes – sous couvert de terrorisme, le retour des contrôles aux frontières fait écho aux Français. Un sondage ELABE réalisé par BFMTV le 16 septembre, montrait que 80% des français y seraient favorables. Malgré tout, un véritable clivage idéologique secoue le pays. Si – toujours d’après le même sondage – 34% des français se disent proches de la position du FN sur la question, 32% des français se disent en accord avec la position de François Hollande.

Un théâtre explosif

La situation dans les autres pays européens n’est guère plus reluisante. Entre inaction, débordements, et accusations, l’Europe se délite. Incapables de réagir face à l’urgence de la situation, chaque pays semble submergé. Une réunion européenne semble alors indispensable. Elle eût bien lieu le 14 septembre dernier, avec comme fil directeur: la répartition des migrants. Résultats des courses: aucun accord – comme c’est étonnant ! Qui plus est, l’Allemagne après avoir ouvert ses frontières en accueillant plusieurs milliers de réfugiés en quelques jours, fait volte-face en déplorant l’inaction de l’UE. Depuis la situation en Hongrie dégénère. Plusieurs accrochages désastreux entre la police hongroise et les réfugiés ont eu lieu à la frontière avec la Serbie, après la mise en place d’une première clôture barbelée. On déplore notamment l’utilisation de canons à eau et de gaz lacrymogènes sur des enfants. L’ONU dénonce une violation du droit international et somme à l’UE de réagir. Le gouvernement hongrois a désormais mis en place des barbelés à sa frontière croate. En effet, la Croatie a décidé d’affréter des bus en direction de la Hongrie pour désengorger ses frontières, ce qui à priori n’est pas du goût de son voisin. Un véritable bras de fer est engagé par la Hongrie qui n’a pas hésité à appeler près de 500 soldats en renforts à sa frontière. Une nouvelle réunion européenne rassemblera les ministres européens le 22 septembre, pour tenter de répondre à cette crise. La situation est critique et illustrera peut-être aux générations futures, la gestion indigne d’une crise humanitaire sans précédent. Aujourd’hui, l’Europe fait honte à l’Histoire.

Romain Ethuin

crédit photo : L’express

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