Cochon or not cochon, that’s the question…

Pour un sujet aussi polémique que celui-ci, impossible de ne pas interviewer quelques jeunes pousses de la politique. Entre tolérance, identité, communautarisme, qu’elles semblent éloignées de tout cela, nos jeunes petites têtes blondes. En même temps, on n’allait pas débattre de pokémon…

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Sondage réalisé à la Victoire sur une centaine de personnes. Seules les réponses votant « pour » ou « contre » ont été comptabilisées.

Avec un panel d’une centaine de bordelais en tous genres, le N’infonews s’est rendu dans les rues pour faire entendre la voix des bordelais sur le sujet. On prends son petit carnet de notes, à l’ancienne, et on pose la question qui fâche: « Etes-vous pour ou contre les menus de substitution dans les cantines publiques ? ». Hormis ceux qui n’ont décidément pas le temps puisque leur chien les attends – True story -, et ceux qui vous prennent pour un témoin de Jéhovah, la tâche fut âpre mais eut au moins le mérite d’être sans appel. C’est un plébiscite pour les menus de substitution. Le choix de la diversité prime pour Dylan selon lequel « les gamins devraient choisir ce qu’ils veulent manger ». L’égalité est également un facteur qui revient souvent. Le repas étant un moment de partage et de convivialité, certains comme Salomé s’offusquent de vouloir exclure certains enfants des cantines: « Pourquoi les gamins ne pourraient pas manger avec les autres !? ». En revanche, certains considèrent que ces menus de la discorde ne respectent ni la laïcité, ni l’égalité entre les enfants comme Jean-Paul nous en fait part: « Chacun devrait manger comme tout le monde ». Une jeune adolescente avoue-même à demi-mot ne vouloir se positionner contre de peur qu’on la confonde avec les racistes. Loin de nous cette idée ! Enfin, certains bordelais n’en ont cure tel que Bryan qui avec une pointe de sarcasme nous affirme que « ça fait longtemps que je ne suis plus à la cantine, l’ami ».

Entretien avec Pauline André

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Jeune étudiante de 20 ans à Bordeaux IV, elle a rejoint les MJS il y a un an et demi.

N: Pour débuter, qu’en est-il de votre statut vis à vis du Parti Socialiste ? 

P: Les jeunes socialistes ne sont pas indépendants du parti, en revanche nous sommes autonomes. Bien évidemment, nous soutenons les candidats du PS lors des élections (tel qu’Alain Rousset pour les régionales ndlr), mais nous gardons une autonomie financière, une autonomie d’idées aussi. Nous sommes avant tout socialistes.

Quelle est la ligne officielle du PS sur les menus de substitution ? 

Le gouvernement est très clair sur le sujet. C’est un faux débat. La diversité des menus peut être débattue, mais contrairement à l’UMP, nous ne voulons pas faire d’amalgames.

Vous ne pensez donc pas que ces menus soient contraires à la laïcité ? 

Non, ce n’est pas un débat sur la laïcité, mais sur la prise en compte des particularités de chacun. La vraie question serait plutôt de savoir si les musulmans ou les juifs ont le droit de manger à la cantine avec ce débat-là ? On pourrait tout aussi bien se poser la question pour les végétariens…

Les cantines publiques ont-elles vocation à devenir des restaurants ? 

Non, bien entendu, il y a une certaine limite. Dans ce cas-là, chaque élève réalise un questionnaire sur ses goûts et ses envies, ce serait absurde. Cependant, dès lors que cela touche à la religion ou à la culture de tout en chacun, on doit se poser la question. Ce problème a été mis sur le devant de la scène à cause des propos Gilles Platret, maire UMP de Châlons-sur-Saône (il avait déclaré en mars dernier vouloir supprimer les menus sans porc). Il a tout de même déclaré que c’était aux musulmans de s’adapter à la république et non l’inverse. Ce débat stigmatise un pan de la population.

En mettant en avant les origines de chacun, ne risque-t-on pas de dénaturer notre culture ? 

Je ne crois pas. Historiquement, la culture française est un mélange de culture anglo-saxonne, gallo-romaine ou encore maghrébine. Qu’on le veuille ou non, la colonisation fait partie de notre Histoire. Aujourd’hui, la culture française est caricaturée… La France est et a toujours été construite sur le multiculturalisme.

Qui selon vous, véhiculerait ces stéréotypes sur notre culture ? 

Incontestablement, le Front National ! Un parti qui veut nous faire croire que ce dont rêvent les français, ce sont des soirées vin et saucisson… Ils ne cessent de hiérarchiser les français.

Comment expliquez-vous ce repli identitaire des français ? 

Il y a deux explications majeures. D’abord la crise économique qui a précarisé une bonne partie de la population. Or, c’est en temps de crise qu’on a tendance à vouloir rechercher un bouc-émissaire à nos malheurs, comme sait très bien le faire le FN. C’est plus facile que de se remettre en question collectivement… Il ne faut pas oublier également la peur du déclassement, le soi-disant « déclin occidental ». En réalité, notre culture a simplement évolué, et la majorité des français ne se retrouve pas dans ce repli identitaire.

« […] Prendre en compte les particularités des uns et des autres, c’est aussi ça le vivre-ensemble. »

Justement, ne pensez-vous pas que ce genre de revendications ne jettent de l’huile sur le feu ? 

Non, ce serait plutôt l’instrumentalisation qu’en font le FN et l’UMP dans une logique purement électoraliste. C’est en divisant la société qu’on arrive à mieux régner. Je peux tout à fait entendre les peurs de chacun, mais prendre en compte les particularités des uns et des autres, c’est aussi ça le vivre-ensemble. Comment voulez-vous inclure des jeunes en les excluant des cantines ? L’idéologie, c’est bien mais le pragmatisme c’est mieux. Etant une ancienne conseillère municipale, je me suis entretenue avec des élèves. Les priver de cantine, c’est les priver d’un moment essentiel de socialisation à leur âge.

Pensez-vous que l’UMP va plus loin que le FN sur ce sujet-là ? 

Très clairement, les frontières sont de plus en plus poreuses entre ces deux-là. Ona quand-même abordé le halal à la cantine (plusieurs ténors de l’UMP ont évoqué le halal  juste avant les départementales ndlr)… De fait, l’UMP légitime les idées du FN en lorgnant sur leurs terres depuis 5 ans. C’est dommageable, puisque le FN banalise ses idées dans le débat public.

La gauche n’a-t-elle pas non plus une part de responsabilité avec autant de divisions en interne ? 

Nous sommes peut-être divisés mais nous partageons tous le même fondement idéologique. La responsabilité de la gauche, c’est justement de ne pas entrer dans ce faux débat, d’avoir une véritable réflexion de fond sur le vivre-ensemble et la laïcité. En tant que militante, je vois très bien dans les collèges, les lycées et plus globalement sur le terrain, que les gens sont curieux. Ils attendent qu’on renouvelle notre vision sur la société, qu’on élève un peu le débat.

En refusant ce « faux débat », ne risquez-vous pas d’attiser encore un peu plus l’image d’une gauche dite bien-pensante ? 

Non, prendre de la hauteur, c’est permettre aux idées de germer. La gauche n’est pas bien-pensante, elle pense voilà tout. Contrairement aux autres, nous refusons d’agir, puis de réfléchir aux conséquences une fois le fait accompli.

Entretien avec Paul Azibert

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Fondateur de l’UMP Sciences Po Bordeaux, Paul Azibert est un juppéiste convaincu.

N: Quelle est la ligne officielle de la droite sur le sujet ? 

P: Je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une seule ligne à droite, à partir du moment où il n’y a pas eu de mesure législative contre les menus de substitution. Chacun peut avoir sa vision des choses, et on voit bien que beaucoup de ténors de l’UMP ne concordent pas sur une même position.

Nicolas Sarkozy a tout de même déclaré publiquement être contre ces menus à l’aube des élections départementales. Qu’en pensez-vous ? 

Quand on parle d’un sujet aussi polémique, il faut bien expliquer les choses. De nombreuses personnes prennent position par rapport à un discours entendu. Personnellement, je pense que ce serait une erreur de se passer des menus de substitution. On rentrerait dans un cadre de laïcisation forcée, punitive, restrictive qui me dérange beaucoup. Le président de l’UMP a pris plusieurs positions. Il a d’abord défendu un élu local en vue des élections. Il s’est expliqué: il ne veut pas que les enfants rentrent chez eux à cause de leurs religions. Il ne me semble pas qu’il doive être impliqué dans cette polémique. Je ne pense pas non plus que les menus de substitutions vont diviser les enfants entre eux. L’UMP n’a pas de ligne officielle sur le sujet et je m’en accomode très bien.

Existe-il une seule forme de laïcité ? 

En soi, je ne pense pas qu’il y ait des laïcités. Le problème, c’est justement que chacun y va de son interprétation au petit bonheur la chance. Dès qu’une mosquée est construite, certains vont revendiquer la laïcité, même chose pour des affiches catholiques dans le métro parisien récemment. Je ne pense pas que la laïcité doit empêcher les gens d’évoquer leur religion. Au contraire, elle devrait rassembler toutes nos croyances pour les soumettre à la Loi de la République. Ça s’appelle tout simplement le vivre-ensemble.

N’avez-vous pas l’impression que la laïcité revienne constamment sur le devant de la scène ces derniers temps ? 

Si complètement ! On mets la laïcité à toutes les sauces aujourd’hui. L’école joue un rôle très important et on revient justement aux menus de substitution. Cela fait très longtemps qu’on en parle, on pourrait remonter au rapport de Régis Debray adressé à Jacques Chiracq en 2002. Il indiquait déjà à l’époque, que ce serait une erreur monumentale de penser que la laïcité doit être restrictive, qu’elle doit bannir les religions de l’espace public. Il envisageait d’ores et déjà l’enseignement du fait religieux à l’école. Cela permets dès le plus jeune âge de comprendre l’autre, c’est ça la laïcité.

Selon un récent sondage, une bonne partie de la population pense l’Islam incompatible aux valeurs de la république. Qu’en pensez-vous ? 

C’est un mélange de réussite des démagogues et d’une défaillance de communication. On ne peut pas décemment dire qu’une religion est incompatible avec la république. Qu’il y ait des lois à passer, des ajustements, c’est une chose, mais dénigrer une partie de la population en est une autre.

« On  doit se soumettre aux lois de la République, mais la République ne doit pas nous empêcher de pratiquer notre foi. »

Comment justifiez-vous alors cette mesure de Gilles Platret ? Les digues entre l’UMP et le FN auraient-elles cédé ?

Non je pense que cela dépasse tout simplement la problématique du FN et de la droite. C’est plutôt une mauvaise compréhension, même parfois au sein de nos représentants, de ce qu’est le concept de laïcité et du rôle de l’école. Ce monsieur a extrapolé l’interdiction des signes religieux de façon maladroite. On veut que nos enfants apprennent à connaître l’autre sans communautarisme, qui se crée dès le plus jeune âge. En revanche, on ne peut pas interdire aux enfants de manger avec les autres. C’est intrinsèque à leurs croyances. On  doit se soumettre aux lois de la République, mais la République ne doit pas nous empêcher de pratiquer notre foi.

L’adaptation des menus aux enfants, n’est-elle pas déjà en soi une forme de communautarisme ?

Les menus ne s’adaptent pas à chacun. Il n’y a pas un menu étiqueté juif, musulman, bouddhiste ou que sais-je encore… Un menu de substitution, c’est avant tout accepter les différences. Pourquoi rétro-pédaler ?

Comment expliquez-vous cette prépondérance des questions d’identité sur la scène publique en ce moment ? 

Ce sont les prémisses d’une perte de repères, ce qui explique aussi partiellement la montée du FN. Ce n’est pas que l’UMP veuille briser les digues avec l’extrême droite mais plutôt que les partis dits traditionnels se battent sur des sujets très techniques tels que la crise, la dette… alors que le FN s’est approprié le débat identitaire. Le Front National reste un parti homophobe et antisémite, je n’ai aucun problème à le dire. Malgré tout il faut y distinguer des personnes très respectables qui en ont tout simplement ras-le-bol. Ils sont très tentés par un parti anti-système  qui recherche un coupable à la crise. Aujourd’hui, il est difficile et hasardeux de sortir de l’Europe avec la mondialisation. Malheureusement, lorsqu’on essaie de l’expliquer, on tombe souvent face à des arguments simplistes ou stéréotypés.

Une compère des Jeunes Socialistes vous accuse de surfer sur les terres du FN dans une logique purement électoraliste… Une réaction ? 

C’est en soi une position très politique. Ça ne fera certainement pas avancer le débat de dire que la droite devient de plus en plus méchante tandis que la gauche serait un parangon de vertu. La droite n’est pas plus extrémiste, elle brise simplement les tabous en se questionnant. On peut encore parler d’identité sans être taxé d’immonde nationaliste. La montée des extrêmes provient justement de ces tabous qu’on a inséré dans la société. A partir du moment où un responsable politique veut évoquer la religion, il est tout simplement inaudible. Jean-Pierre Raffarin rappelait déjà en 2002 que nous n’irons jamais chasser sur les terres du FN. On veut malgré tout chasser le FN de ses terres, on veut se réapproprier le débat.

Romain Ethuin

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