American crime: une fresque bouleversante

American crime, drama produit par la chaîne américaine ABC et diffusé en France sur canal+ séries depuis le 10 mars dernier, se révèle être la très bonne surprise de ce mois de mars. Après avoir fait sensation avec le dramatique « 12 years a slave », John Ridley continue sa critique percutente des Etats-Unis, au travers d’une affaire judiciaire saisissante. Le schéma de la série semble très simple: Un meurtre, trois drames qui en découlent. Et pourtant, American crime se révèle être terriblement efficace et perspicace. Décryptage d’un potentiel chef d’œuvre.

Une réalisation qui fait mouche

 La série se déroule à Modesto, Californie. Une effraction de domicile a viré au drame: un jeune couple semble avoir été assassiné en pleine nuit. Si cette affaire ressemble à un énième fait divers, tels que l’on en voit trop souvent aujourd’hui, le réalisateur donne du relief au drame. Plutôt que de se concentrer sur l’affaire en elle-même, John Ridley privilégie les répercussions directes d’un tel drame sur les proches des victimes. Ce parti pris se retrouve aisément du point de vue technique. La série se compose à la fois de scènes extrêmement sobres, voire totalement austères, mais aussi de scènes particulièrement poétiques et oniriques, où les jeux de lumière et de couleur s’harmonisent à merveille. C’est bien cette diversité de plans et de points de vue qui nous transporte quelque peu dans un état de contemplation. La série parvient avec brio, à sublimer les émotions, les questionnements et les doutes de ses protagonistes. Le jeu d’acteurs est absolument hallucinant d’authenticité, c’en est bluffant ! Pour accentuer encore leur performance, le réalisateur n’hésite pas à multiplier les gros plans; mettant parfaitement en exergue des personnages en constante évolution. Le véritable point fort de la série réside dans le fait qu’elle ne tombe jamais dans la caricature. Les scènes sont sobres et puissantes à la fois. Un véritable chef d’œuvre de maîtrise qui fait mouche à tous les coups.

Dramaception

La force de la série retentit surtout dans sa dimension dramatique. Et que de drames ! Nous allons donc assister à trois drames différents qui découlent directement du drame originel. La volonté d’exposer simultanément trois intrigues différentes peut sembler exhaustive au premier abord. On se dit alors que le réalisateur veut trop en faire, trop en montrer, et qu’il y aura forcément des intrigues plus faibles que d’autres… Que neni ! Les scénarios sont tous aussi intéressants que les autres. Le réalisateur a choisi de ne pas recouper les intrigues entre elles, les rendant indépendantes les unes des autres. Cette diversité s’inscrit dans une volonté de dresser un portrait de l’Amérique contemporaine, le plus réaliste possible. Le seul dénominateur commun: La famille. Avant d’être un drama policier, American crime est avant tout un excellent drama familial. Des parents des victimes qui essaient tant bien que mal de se reconstruire, à la famille hispanique dont le fils est accusé d’être complice du meurtre, au jeune couple de junkies qui tente de fuir son passé; la famille, toujours la famille. La série a pour ambition de démontrer l’impact tout aussi dramatique qu’une affaire comme celle-ci peut provoquer au sein d’une famille. Cette affaire est l’occasion de remettre en perspective la vision idéale de la famille, l’occasion de délier des langues et de ressortir des secrets familiaux douloureux. De nombreux rebondissements sont à attendre.

L’Amérique et ses travers

La série est d’autant plus retentissante que chaque intrigue dénonce les travers américains. John Ridley, dans la lignée de ’12 years a slave’, continue à dénoncer la discrimination raciale qui sévit aux États-Unis. En ce sens, Barb Hanlon – Felicity Huffman – représente une certaine partie conservatrice américaine qui a du mal avec le multiculturalisme. Les hispaniques sont particulièrement visés. Couramment nommés 《immigrés》, certains ont du mal à les considérer comme américains à part entière; un repli identitaire important qui fait d’autant plus écho à nos oreilles tricolores ces derniers temps. En ce qui concerne le jeune Tony Gutiérrez – Johnny Ortiz – au-delà de la différence de considération bien visible entre les blancs et les gens de couleur, il critique un système judiciaire impitoyable. Victime de brimades vis à vis de ses pairs, il démontre le terrible impact psychologique de l’incarcération des mineurs. Tony symbolise aussi en quelque sorte, une jeunesse en perdition au sein des milieux difficiles. Une jeunesse se détournant peu à peu du système scolaire; obligée de se tourner vers les gangs et l’illégalité pour espérer s’en sortir. Carter – Elvis Nolasco – et Caitlin – Aubry Taylor – dénoncent à la fois les ravages de la drogue, mais aussi l’avènement d’une contre-société précaire aux États-Unis. Leur milieu, leur addiction, leurs conditions de vie nous transportent dans une société cruelle, une précarité sans aucune porte de sortie, ni aucune aide extérieure. Ils sont les symboles d’une partie de la population oubliée et exclue d’une société trop inégalitaire et individualiste. Exquise surprise, American crime regroupe tous les ingrédients pour devenir un AAA genre.

Romain Ethuin

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