Le 8 mars 2015, Journée internationale des femmes

Aujourd’hui est célébrée comme chaque année la Journée internationale des femmes. Si certains pensent qu’il s’agit d’une sorte de Saint Valentin à sens unique, d’autres lui reconnaissent un caractère réducteur ; or c’est précisément l’inverse. Mais alors pourquoi le 8 mars ? Quel est le but de cette journée mondialement reconnue et quels en sont les enjeux ?

Un peu d’histoire

L’histoire de cette date clé remonte au début du XXI siècle, en 1910. Lors de la deuxième conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, Clara Zetkin, célèbre journaliste allemande, féministe et révolutionnaire pacifiste, propose d’instaurer une journée dédiée à la lutte pour le droit de vote des femmes. Notons par ailleurs qu’à travers ce rassemblement se reflétait le désir de se démarquer du féminisme bourgeois, une conférence qui s’inscrivait ainsi dans la lutte des classes. Tout au long des années 1910 ont lieu des manifestations en Europe, afin de défendre l’égalité des genres. C’est lors d’un discours le 8 mars 1921 que Lénine, alors dirigeant de l’Union soviétique, déclare l’instauration d’une Journée internationale des femmes et des ouvrières, en souvenir de la manifestation de Saint-Pétersbourg de 1917, premier jour de la Révolution russe. « Ce n’est là qu’un premier pas vers l’émancipation de la femme », avait-il déclaré.

En 1945, le 8 mars est célébré dans le monde entier et en particulier dans les pays de l’Europe de l’Est. La fin de la Seconde guerre mondiale laisse espérer une amélioration de la condition féminine. Rappelons qu’en France, le droit de vote et d’éligibilité des femmes date du 21 avril 1944, période durant laquelle l’UFF (Union des femmes françaises), comité de résistance féminin, aujourd’hui « Femmes Solidaires », connaît un développement considérable. Plus tard, en 1970, naît le MLF (Mouvement de libération des femmes), mouvement également très populaire ayant joué un rôle important dans l’évolution du statut de la femme.
Les Françaises votent pour la première fois le 21 avril 1945, aux élections municipales.

En 1977, l’ONU « invite tous les États à proclamer, comme il conviendra en fonction de leurs traditions et coutumes historiques et nationales, un jour de l’année Journée des Nations Unies pour les droits de la femme et la paix internationale ». Il faut attendre 1982 en France pour qu’elle soit officiellement reconnue comme telle, sous le gouvernement socialiste de Pierre Mauroy. À l’époque, c’est Yvette Roudy, féministe engagée (et bordelaise!), au ministère des Droits de la femme. Aussi, le 8 mars est un jour de reconnaissance envers de grandes figures féminines. Simone de Beauvoir, Hubertine Auclert, Antoinette Fouque, Simone Veil ou encore Olympe de Gouges, première féministe, guillotinée pour sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, autant de femmes qui se sont battu pour leurs droits, pour l’égalité des sexes, et pour l’émancipation des femmes. Elles font partie de ces « femmes ordinaires qui ont joué un rôle extraordinaire dans l’histoire de leurs pays et de leur communauté », comme les décrit très justement le site de l’ONU Femmes.

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Simone Veil prononce son discours sur le droit à l’IVG, le 26 novembre 1974 à l’Assemblée.

Et aujourd’hui, on en est où?

Les origines du 8 mars sont donc fortement ancrées dans l’histoire, mais il ne faut pas oublier qu’il s’agit avant tout d’un pari sur l’avenir. Qui dit Journée internationale des femmes dit remémoration, célébration, mais dit aussi revendications et donc inégalités persistantes. Yvette Roudy déclarait à ce propos: « J’aimerais, cela est vrai, qu’il n’y ait pas de 8 mars, de journée internationale des femmes. Cela signifierait qu’il n’y a plus de discriminations et donc plus de luttes, plus de revendications, parce que les comportement sont devenus égalitaires et que tous les citoyens peuvent exercer la plénitude de leurs droits (…). C’est encore un rêve ». Et cela en est toujours un aujourd’hui. Bien que nous ne puissions nier les avancées considérables qui ont été réalisées depuis 1910, nous sommes malheureusement forcés de constater qu’il reste du chemin à faire jusqu’à cet idéal égalitaire évoqué par Mme Roudy. Si les inégalités entre hommes et femmes sont plus ou moins présentes selon les pays, elles restent une réalité à l’échelle planétaire.
Dans le cas de la France, les chiffres relatifs à la place des femmes dans la société sont la preuve que des changements doivent avoir lieu. Selon les dernières données de l’INSEE, en 2012, un homme gagnait en moyenne 2339€ par mois, contre 1890€ pour une femme, soit un écart de 19,2%, ce qui n’est pas négligeable. Il est cependant intéressant de remarquer que l’écart s’est resserré d’année en année depuis 2009, où il était de 20,1%. Le fait que les femmes gagnent moins que leurs homologues masculins peut être la cause de discriminations au travail, mais aussi car elles occupent des postes moins qualifiés et leurs emplois sont plus précaires. Même constat d’inégalité à plus grande échelle : dans tous les pays de l’Union européenne, le taux d’inactivité chez les femmes est le plus élevé.
Les femmes sont également bien plus nombreuses à être victimes de violences conjugales et d’agressions sexuelles. Les différences de traitement entre hommes et femmes sont constatées dans de nombreux domaines de la vie quotidienne et les femmes sont chaque jour victimes de discrimination. L’année dernière, la députée européenne Karima Delli avait lancé un Tumblr « Et sinon, je fais de la politique » afin de dénoncer les remarques sexistes dont les femmes politiques font quotidiennement les frais.

Karima Delli, députée européenne, dénonce le sexisme en politique.
Karima Delli, députée européenne, dénonce le sexisme en politique.

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Cette année, l’accent sera mis sur la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, signé par 189 pays en 1995, pour la réalisation des droits des femmes à travers le monde. Le thème de 2015 de la Journée internationale des femmes est le suivant : « Autonomisation des femmes – Autonomisation de l’humanité : Imaginez ! ». Ce titre reflète l’espoir d’un monde où autonomie, liberté, indépendance, seraient des mots majeurs dans la vie de chaque femme. La mobilisation est nécessaire pour continuer de faire avancer les choses.
Le 10 mars à Bordeaux, auront lieu différents événements autour de la Journée des femmes. À 11h15, l’Université Bordeaux Montaigne signera la charte égalité femmes-hommes, signe d’engagement dans la lutte pour l’égalité des sexes. À 18h, sur le site Victoire de l’université de Bordeaux, sera projeté le film documentaire « Pourquoi les femmes sont-elles plus petites que les hommes ? » de Véronique Kleiner, suivie d’un débat autour du sujet. Pour finir, à 20h30 à l’auditorium de la bibliothèque Meriadeck, se déroulera une seconde table ronde, intitulée « 40 ans après le droit à l’IVG : où en sont l’avortement et la contraception ? ».

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Il est important de rappeler que la lutte pour l’égalité des genres n’est pas seulement une affaire de femmes. Bien au contraire, l’engagement de ces messieurs est indispensable pour espérer sensibiliser le plus grand nombre. « HeForShe », à l’initiative de l’ONU, est un mouvement solidaire pour l’égalité des genres qui s’est beaucoup développé, notamment grâce au soutient de nombreuses célébrités, hommes comme femmes, et donc à sa médiatisation.

Sophie Chevallereau

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