Rencontre avec Senbeï

Senbeï a sorti ce lundi son nouvel EP, Army Of Me, chez Banzaï Lab. Véritable tour de force en cinq pistes bien ficelées, il séduira certainement les amateurs de beats les plus exigeants.

À la croisée des genres et des univers, Senbeï évolue dans une dimension bien à lui que l’on prend plaisir à explorer. Rien n’est à jeter dans ce projet, mais l’on appréciera tout particulièrement Rain, dont le clip déjanté est en Staff Pick sur Vimeo, ainsi que What You Need en collaboration avec le Mc de Chill Bump. Ce dernier, comme à son habitude, crache le feu sur une instru délicatement ciselée. Je dois aussi confesser avoir un coup de cœur pour l’explosif Gun Smoke, bondissant à souhait.

À l’occasion de cette sortie, nous avons pu nous entretenir avec ce Senseï du beatmaking, histoire de parler (entres autres) de la génération Dorothée, d’animation 3D et des projets – passés et à venir – de cet artistes multi-cartes.

 Enzo Laurenti


Bonjour Senbeï. Pourrais tu te présenter, nous parler de ton parcours dans les grandes lignes  ?

Quand je me présente, je dis que je suis une galette de riz ; c’est la traduction de mon nom en Japonais.

À côté de ma carrière solo, je suis dans Smokey Joe & The Kid. J’ai aussi tourné avec Tha Trickaz, mais je faisais juste le live, on ne travaillait pas la compo ensemble. Je suis aussi la moité de Tha New Team. Senbeï c’était mon projet principal, mais je l’ai délaissé pendant quelques années pour me consacrer à d’autres projets. Là j’ai envie d’y revenir pleinement !

Les groupes dans lesquels tu as travaillé sont quand même radicalement différents, autant musicalement qu’esthétiquement. Tu penses qu’il est possible de faire des passerelles entres ces différents projets ?

Oui bien sûr ! J’aime bien me dire que les musiciens peuvent être polyvalents. Par exemple, Pascal Obispo a un groupe de métal, personne ne le sait ! Il tourne dans des petits bars et joue des trucs bien gras. Rien à voir avec ce qu’il fait en temps normal.

Dans mon parcours, je suis vraiment passé d’un genre à l’autre : j’ai joué dans un groupe de jazz, mais j’ai aussi été guitariste dans un groupe de hardcore et scratcheur dans un groupe de grindcore.

C’est bien d’aller chercher dans d’autres genres, parce que ça enrichit ta musique. Chaque projet en nourrit un autre !

Au sein même des sorties de Senbeï, je trouve quand même qu’il y a des morceaux très différents ! Dans ton nouvel EP par exemple, il est difficile de voir le lien entre Rain, qui est un morceau plutôt tranquille, et la dernière piste Gun Smoke, taillée pour le club. Tu n’as pas l’impression de te perdre à force de multiplier les genres ?

Avoir plusieurs projets, ça sert justement à ne pas être schizophrène dans ta carrière solo. Avant, j’étais quand même beaucoup plus éclectique dans mes sorties, j’avais envie de faire tout et n’importe quoi. Le fait de participer à plusieurs projets ça m’a servi à me défouler un peu.
Du coup je ne suis pas d’accord avec toi, le dernier EP est assez unifié ! C’est vrai que Gun Smoke arrive un peu comme un cheveu sur la soupe, mais c’est parce qu’il ne devait pas figurer de base dans ce projet. Ayant quand même envie de le sortir, je l’ai balancé à la fin en guise d’ouverture vers quelque chose de différent ! Du coup, non je ne suis vraiment pas d’accord avec toi, c’est une de mes sorties le plus cohérentes !

Tu restes un artiste assez hétéroclite, dans tes lives il y a du hip-hop, du rock… Quelles sont tes influences ?

Au final, l’important avec les influences, c’est vraiment comment tu t’en sers ! Un jour je peux être choqué par un son qui me laissera indifférent le lendemain. En ce moment, je traverse une phase rock, majoritairement 70’s. C’est une période qui m’a toujours plu, que j’ai toujours eu plaisir à écouter. J’en sample un peu. Je suis très cinéphile aussi. Après, dans mon projet solo je me nourris beaucoup de hip-hop, je suppose que ça se voit !

Sinon je suis aussi un grand fan de culture Japonaise, c’est pas forcement hyper marquant dans cet EP mais c’est vraiment important pour moi.

Au final, je pense que l’important c’est de piocher partout et de globaliser ces influences diverses et variées pour arriver à quelque chose qui me ressemble vraiment !

Par contre je suis obligé de trier mes influence en fonction du projet pour lequel je travaille, je ne vais pas utiliser les mêmes sources pour Senbeï et Smokey Joe !

D’où te vient cet amour pour la culture, l’esthétique Japonaise ?

Comme pas mal de gamins de ma génération, j’ai grandi avec le Club Dorothée. On a bouffé pas mal de mangas, de jeux-vidéos. Et c’est quelque chose qui marque ! Encore maintenant, je ne suis pas très livre, mais je dévore une tonne de BD (rires)

Après je suis loin d’être le seul : c’est ça qui m’a rapproché de Tha Trickaz justement, on partageait ce goût pour les mangas. Kavinsky a fait un album en utilisant que des samples de Dragon Ball  ! Para One aussi, il est à fond sur les Chevaliers du Zodiac… C’est un phénomène générationnel !

Le premier clip de cet EP, Rain, a été réalisé par Victor Jardel, qui a déjà signé un clip de Senbeï mais aussi de Smokey Joe. Comment s’est faite la rencontre ? C’est quelqu’un qui a un univers graphique proche du tien ?

C’est un gars qui est venu me voir à un concert il y a quelques temps pour me proposer de me faire un clip gratuitement ! Il m’a contacté sur Facebook, je suis allé voir ce qu’il fait, et j’ai bien accroché. Il travaille avec de l’animation 3D, et vu que j’aime bien tout ce qui est Pixar, Dreamworks, j’ai accepté directement ! Je ne sais pas si tu rends compte du prix que ça coûte normalement un tel clip, c’était une opportunité unique. Ayant vraiment aimé ce qu’il a sorti, on a continué à travailler ensemble.

Les petits monstres que tu peux voir dans Rain, qui ressemble aux créatures de la forêt de Princesse Mononoké sont vraiment géniaux, je trouve ça super de pouvoir les faire se balader dans Paris. C’est vraiment quelque chose que j’ai toujours voulu voir accompagner ma musique ! Il a fait la pochette de l’EP en même temps que l’on tournait le clip.

Au final j’espère que ça ne ressemble pas trop à un manga : je vois ça comme une esthétique finie, qui colle bien à ce que je fais, à mon univers.

Là on prépare un nouveau clip pour l’EP avec le MC de Chill Bump, Miscellaneous. Cette fois on va travailler avec des incrustations 3D. Il va bientôt arriver, ça va être top !

Justement, on peut retrouver Miscellaneous sur Micrology et sur cet EP, comment s’est faite la rencontre ?

C’est quelqu’un qui a beaucoup de projets aussi, on s’est croisé à l’Iboat quand il était avec Doctor Flake, en festival quand il jouait avec Chill Bump… Il est vraiment super gentil, on a accroché assez vite !

Ça t’intéresserait de travailler avec des emcees Français ?

J’ai un peu de mal avec le hip-hop Français… Sur mon deuxième album j’ai fait un son avec un gars que j’aime beaucoup, Gaïden. Il est surtout connu pour avoir gagné les Rap Contenders. C’était cool de travailler avec lui, mais sinon en règle générale je ne suis pas fan du phrasé Français. Par contre, il y’a quelques mecs en particulier avec qui j’aimerais bien travailler… Affaire à suivre.

Quelle place à cet EP en particulier dans ta discographie ?

Bien sur il est dans la continuité de ce que j’ai déjà sorti, mais je le vois vraiment comme une ouverture, un aperçu de ce que Senbeï pourrait devenir. Par rapport à ce que j’ai déjà sorti, je le considère comme un projet beaucoup plus intemporel, amené à durer. Dans Micrology par exemple, je me suis pas mal adapté à ce qui se faisait à ce moment là, le côté bass music. Maintenant, j’ai plus envie de me dire :  »j’en ai rien à faire de ce qui se fait » et me concentrer sur ce que j’ai vraiment envie de sortir.

Ce qui va suivre sera beaucoup plus personnel, cohérent avec mes goûts et mes aspirations. J’ai vraiment envie de partir sur un album dans le même univers graphique, plus calme, plus chill, et laisser de côté cette envie un peu hasardeuse de coller à l’air du temps.

Du coup, pour ce qui va suivre, sur quel projet vas tu te concentrer ?

Je vais essayer de tout mener de front en même temps ! (rire) Tha Trickaz je pense que je ne vais plus jouer avec eux, on verra à l’avenir. Tha New Team c’est en stand-bye, parce que I-Raize dirige leur label, Otodayo Records, et il a vraiment plus du tout de temps.

Du coup je vais essayer de gérer Senbeï et Smokey Joe & The Kid, j’ai réussi en 2014 à sortir deux albums quasiment au même moment donc on va essayer de réitérer l’exploit !
Avec Smokey Joe on a des projets qui arrivent, et pour Senbeï je veux vraiment travailler sur un album, très personnel, toujours en collaboration avec Victor Jardel, histoire d’avoir plein de clips et un live avec des visuels bien sympas.

Merci beaucoup, on te souhaite plein de réussite pour la suite !

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