Les jeux vidéos : la menace ?

Ben Laden, Mohammed Merah, Anders Behring Breivik : trois tristement célèbres patronymes, mais quel pourrait être leur point commun ? Des terroristes ? C’est évident. Non, non, au vu de cette perpétuelle défiance des médias traditionnels vis à vis des jeux vidéos, ils devaient être fanatiques des Call of Duty, GTA et autres Fifa (Vous avez bien vu Fifa).

Le délire des détracteurs

Les jeux vidéos rendent violent. Ne me demandez pas pourquoi, c’est un fait indéniable, que dis-je, un véritable dogme pour ses détracteurs. Mario et Luigi seraient donc les apôtres du futur fléau de notre siècle. Et après tout comment ne pas s’offusquer lorsque nous observons nos jolies têtes blondes trucider d’autres joueurs, en les qualifiant copieusement de noms d’oiseaux. Cette jeunesse perdue, méprisant la littérature et le cinéma d’auteur, préfère s’enfermer dans un univers virtuel insipide et débilisant. Le joueur s’enlise dans une spirale d’agressivité, tandis que de terribles idées noires commencent à germer dans son esprit. Le point de rupture a déjà été franchi. L’adolescent se met à rêver d’effectuer des meurtres en série à l’aide de fusils d’assaut et de couteaux de lancer. Un, deux, trois Headshots (tirs dans la tête) de suite, il n’a plus de limites et compte bien augmenter son ratio avant de mourir (et de réapparaître). En effet, le joueur de jeux vidéos n’a plus aucune notion de la réalité.

Pour preuve, suite aux ignobles actes terroristes du norvégien Anders Behring Breivik en 2011, ce dernier affirmait s’être coupé du monde une année entière, sur World of Warcraft. La responsabilité du jeu vidéo en question peut-elle même être remise en question ? Évidemment que non, qui ne deviendrait pas fanatique, après s’être fait assassiné par un mage de niveau 80, incarné par un geek obèse à l’autre bout du monde ? Qui ne rêverait pas d’attentats à la bombe, suite à un but salvateur de Cristiano Ronaldo à la 90ème minute sur Fifa, et surtout qui n’aurait pas de soudaines envies de meurtres lorsque la carapace bleue de Mario Kart vous prive de la victoire finale à quelques mètres de l’arrivée… Je vous le demande.

La nécessaire prise de recul

Plus sérieusement, ces détracteurs oublient souvent une clé de lecture indispensable dans leur réflexion : la prise de recul. Bien entendu que d’écraser des gens sur le trottoir, parce que l’on trouve que l’on va plus vite ainsi est un acte gratuit et violent. Pour autant, cet acte ne fait pas du joueur un danger pour la société, puisqu’il distingue encore la réalité du virtuel. Ce serait comme de dire que regarder Dexter ferait de vous un sociopathe tueur en série, que de lire un polar sombre vous donnerait des idées de meurtre, cela n’a aucun sens. Jeux vidéos ou non, lorsqu’un criminel est déterminé, il ne lui en faut pas plus pour s’exécuter. Bien entendu, qu’Anders Behring Breivik n’a pas assassiné autant de personnes à cause de World of Warcraft. Dans son cas, ce n’est pas le jeu vidéo en lui même qui peut être remis en perspective, mais plutôt l’isolement quasi-total du joueur. A ce jour, aucun jeu vidéo ne fut directement remis en cause suite à un meurtre. Les jeux vidéos, et peut être en particulier les jeux violents, ont pour principale fonction le défoulement et l’amusement. Ce ne sont pas des créateurs de violence, au contraire, ils inhibent la violence au sein d’univers virtuels.

Un média anormalisé

Ce média, qui pourtant connaît un essor époustouflant depuis déjà plusieurs décennies, demeure mal perçu et dénigré par une partie de l’opinion publique. Pourtant, une étude TNS Sofres de 2013Les pratiques de consommation des jeux vidéos des français, démontrait que 66,5% des français jouaient aux jeux vidéos. Ce bien culturel est devenu incontournable dans notre société… Grisant pour certains. L’une des principales critiques, qui remonte souvent à nos oreilles, concerne l’isolation de l’enfant face à l’écran. Si cet argument peut paraître plausible et totalement justifié, l’étude nous enseigne que contrairement aux clichés, seuls 16% des joueurs de 6-14 ans jouent toujours seuls contre 38% des adultes (15-65 ans). Au contraire, 27% des 6-14 ans jouent autant seuls qu’à plusieurs contre les quelques 15% parmi les 15-65 ans. De plus, lorsque les enfants jouent avec quelqu’un, c’est majoritairement en famille. Les enfants ne sont donc pas laissés à eux-mêmes face à l’écran, et le cadre familial demeure présent pour relativiser l’influence des jeux vidéos.

Beaucoup d’encre a coulé, engendrant préjugés et polémiques parfois injustifiés. Comment expliquer cette flopée de polémiques qui accompagna la sortie du très attendu GTA V ? Jugé trop violent par certains, ce sont les mêmes détracteurs qui crient au génie face à la violence sublimée du cinéma de Tarantino. Comment expliquer les remontrances face à son budget faramineux de 260 millions de dollars, tandis qu’en 2009, James Cameron exposait déjà un coût de production inédit de 237 millions de dollars pour son blockbuster Avatar ? Tout simplement, parce que ce média n’est pas encore normalisé.

Des jeux vidéos plus matures

Et pourtant, les jeux vidéos se diversifient, notamment en fidélisant une clientèle de plus en plus adulte. Toujours d’après la même étude TNS Sofres, 79, 5% des 15-24 ans et 74, 9% des 25-34 ans jouent aux jeux vidéos. Bénéficiant de plus gros budgets, les jeux vidéos se veulent plus réalistes, plus intenses, introduisant plus de contenu mature dans des scénarios aux allures hollywoodiennes. Désormais, les jeux vidéos possèdent également de très grosses productions, entre autres les sagas d’Assassin’s Creed, Farcry ou encore Battlefield. Même si certains gros succès restent dédiés à un public jeune, notamment l’indétrônable Mario, les séries à succès se tournent généralement vers un public plus adulte, tout en gardant une très grande diversité des genres.

Les jeux vidéos ont franchi un cap et il serait insensé de ne pas le considérer comme un média d’avenir. N’en soyez pas effrayé, au contraire apprivoisez-le, écartez vos préjugés pour vous lancer dans l’aventure. Vous pourriez être agréablement surpris du plaisir qu’ils vous procurent.

Romain Ethuin

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