La « marche pour l’unité » des lycéens de Bordeaux à Paris

Ce mardi 13 janvier s’est déroulé un événement hors du commun. Une « marche pour l’unité » a été instiguée par neuf élèves de Terminale du lycée Montaigne à Bordeaux. Ceux-ci ont décidé de partir à pied jusqu’au siège de Charlie Hebdo pour observer une minute de silence en hommage à toutes les victimes de ce terrible attentat.

Aidés par la FIDL (Fédération Indépendante et Démocratique Lycéenne ), syndicat lycéen qui s’occupe de régler leurs dépenses, ils ont prévu de rallier la capitale en dix étapes distantes de soixante kilomètres lors desquelles les habitants de ces communes ont gentiment accepté de leur offrir le gîte et la nourriture. Cette marche se veut blanche et prône la paix, la solidarité et le vivre-ensemble, comme nous l’a rapporté l’un des organisateurs de l’événement, Jean-Baptiste.

Il nous a accordé un peu de son précieux temps afin de nous expliquer leur démarche. Les jeunes de ce lycée se sont fixés pour objectif de « défendre la liberté d’expression comme les défunts. En riant, en chantant et en rencontrant toute personne voulant bien leur accorder de son temps », comme il est dit sur leur blog. Cette marche servait donc à « réagir automatiquement à cet attentat, en dénoncer ses conséquences et empêcher l’installation d’une peur en France tant qu’elle est encore à chaud ».

Leur but étant de « montrer la solidarité française dans le sens où tout le monde – sans distinction aucune – peut manifester ensemble, via une marche unique avec des gens venant de partout », il convient donc à tous ceux qui le souhaitent de les rejoindre pour marcher et échanger avec eux. Ils ont été rejoints par quelques inconnus et sont aujourd’hui un peu plus de 20. Ils se disent émus comme jamais. Ces braves lycéens comptent atteindre Paris vendredi 23 et effectuent pour ce faire entre 25 et 30 kilomètres par jour, puis font le reste du trajet journalier en bus afin de respecter leurs délais.

Ce que leurs parents pensent de tout ça ?

Jean-Baptiste nous répond qu’ils les soutiennent, mais qu’ils étaient inquiets à propos de l’insécurité et de leur absence en cours. Une entreprise de soutien scolaire s’occupera du rattrapage de leurs cours pendant deux semaines intensives afin de les préparer au bac blanc.

De leur côté ils considèrent que ce n’est pas très grave car il faut « défendre les valeurs républicaines et humaines, puisque ça n’a pas été assez fait. Qu’au-delà de cette action en faveur de Charlie Hebdo, ils veulent lutter contre toutes sortes d’amalgames concernant les différentes cultures et religions ». Ils voulaient ainsi rappeler que « la jeunesse française en a quelque chose à faire de la France et qu’elle s’implique ! » comme nous le dit toujours Jean-Baptiste.

Zelda, autre organisatrice, nous dit que le trajet se passe « tranquillement ». Elle nous parle ensuite de son projet de mettre en place, avec des partenaires, une exposition relatant la marche et de réaliser un documentaire sur ce qu’elle a été.

Une simple marche solidaire ?

Prenons donc les choses avec délicatesse mais surtout avec pragmatisme. De prime abord, cette marche peut paraître on ne peut plus honorable et pleine de bonnes intentions humanistes. Leur action découle assurément d’une envie de changer les mœurs et d’éveiller les consciences, ce qui est louable. Mais elle peut très facilement prendre des allures de campagne indirecte de pub.

Ces jeunes, ou certains d’entre eux, ne veulent-ils pas juste faire parler d’eux et passer à la télé sous le coup de cette bonne action ? En effet, il s’avère qu’ils ont eux-même contacté Sud Ouest afin de relayer l’information au national. C’est tout à fait normal puisqu’ils ont trouvé un moyen efficace de faire entendre leurs nobles idées. Mais réaliser une exposition et un documentaire peut paraître démesuré au vu de toutes les actions déjà accomplies quant à l’hommage à Charlie Hebdo, et connaissant le sentiment de tristesse qui nous habite tous. S’impliquer moralement est une chose, mais se créer une image médiatique et en faire un profit est une tout autre chose. Les réseaux sociaux ne sont pas forcément le lieu le plus adéquat pour agir en faveur d’une cause aussi importante.

Pour les lycéens qu’ils sont, aller en cours et viser des carrières leur permettant d’agir pour le bon fonctionnement de notre société serait peut-être plus judicieux. En effet, celle-ci manque aujourd’hui d’intellectuels qui savent faire la part des choses et les retransmettre en conséquence. Cela implique de manifester en faveur de la liberté d’expression en France, mais également de dénoncer toute autre forme de terrorisme dans le monde.

Il convient à présent de garder ces faits en mémoire et de continuer à œuvrer pour la liberté d’expression en dénonçant le terrorisme, mais aussi les centaines d’autres massacres qui ont lieu à l’heure où je vous parle. Ils sont de même ampleur et je pense ne pas me tromper en disant qu’une vie humaine française ne vaut pas plus qu’une vie humaine yéménite ou nigérienne. Ouvrons les yeux. Une marche, ou tout au moins, une démarche pour toutes ces victimes ne seraient pas trop demandées.

Peace.

Souhel Salloub

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