Pourquoi j’irai acheter le numéro spécial de Charlie Hebdo

1 000 000  d’exemplaires pour le numéro spécial de Charlie Hebdo, pourquoi vais-je l’acheter.

Bientôt une semaine que les terribles attentats que nous connaissons ont touché notre pays et à l’issu de la marche « républicaine » de ce dimanche, un certain nombre de questionnements et d’enjeux entourent encore cette mobilisation sans précédent. Plusieurs réserves d’intellectuels ou même de proches du journal ont ainsi émergées ces derniers jours et symbolisent à elles seules la complexité de la situation que nous vivons.

Avant toute chose, cette chronique n’a pas un but politique ou idéologique et ne prétend en rien définir une vérité si ce n’est celle qu’il m’est permis de formuler en tant que citoyen.

Rien ne sert de se voiler la face, la plupart d’entre nous n’ont jamais acheté Charlie Hebdo et les extrêmes difficultés du journal ces derniers temps n’en sont que la preuve. Néanmoins ce mercredi, j’irai moi le premier tenter d’obtenir ce numéro exceptionnel sans certes un léger sentiment de culpabilité qui ne prendra pour autant pas le dessus sur ma démarche et ce pour plusieurs raisons que je vais tenter d’expliquer. En achetant Charlie Hebdo ce mercredi, autant dire que je ne vais pas vraiment acheter ce journal mais plutôt ce qu’il représente aujourd’hui. J’estime ainsi que la symbolique des événements qui viennent d’avoir lieu nous obligent à passer dans une vision plus large de la situation qui dépasse même la mort des journalistes de Charlie Hebdo. Je veux dire par là que le mouvement « Je suis Charlie » ne se contente pas de revendiquer la liberté d’expression qui a été bafouée dans cette affaire. La mort de ces 17 personnes a fait ressortir un ensemble d’émotions et d’inquiétudes tellement nombreuses qu’il est à mon sens encore impossible de les analyser avec précision tant pour la presse que pour l’opinion public. Cependant ce qui est sûr c’est que ces rassemblements montrent un sentiment d’unité qui doit aujourd’hui selon moi prédominer non seulement suite aux attentats mais aussi suite au contexte général dans lequel ils ont eu lieu. Le fait que le peuple se « mobilisent » est pour moi important et permet de nous rappeler ce qui forme notre société.  (Ce discours doit néanmoins bien évidemment être modéré dans la mesure où cette mobilisation à une part d’éphémère et de confusion.)

Avant de continuer, je préfère dès à présent mettre en avant mon rapprochement volontaire, et peut-être simpliste,  entre se revendiquer du mouvement « Je suis Charlie », participer à la marche de dimanche et acheter le journal mercredi.

Revenons-en à présent à l’achat du numéro spécial d’aujourd’hui, point de départ de notre questionnement où plutôt de mon questionnement. Que l’on le veuille ou non j’estime que Charlie hebdo n’est plus le journal qu’il était avant. Aujourd’hui Charlie hebdo est devenu un symbole de la « république ». N’en déplaise à ses créateurs qui doivent à présent bien rigoler, Charlie hebdo n’est plus un journal marginal, je dirais que ce n’est même plus à proprement parler un journal. Faut-il s’en émouvoir, oui sûrement, mais il ne faut pas rester bloquer à ce pré-sentiment qui pourrait nous enfermer dans un cercle pessimiste. C’est pour cette raison qu’éditer 1 millions d’exemplaires est  bien et sans doute même trop peu car mercredi les gens n’achètent pas Charlie hebdo, ils achètent l’idée de mobilisation symbolique que sous-entend désormais le journal. C’est dans cette perspective qu’on peut alors concevoir que des personnes qui n’ont jamais eu de Charlie Hebdo dans les mains et qui auraient pu même critiquer le journal sentent l’envie d’acheter ce numéro.

Charlie Hebdo de mercredi n’est que le premier pas d’une démarche longue, chaotique et difficile que la France va appréhender dans les prochains mois, celle de la reconstruction qui ne doit pas reproduire des erreurs passées.  Que restera-t-il de ce mouvement ? C’est sans doute la question que nous devons nous poser.

« C’est dur d’être aimé pas des cons », alors essayons chacun à notre manière de faire avancer le débat pour que Charlie Hebdo ne soit qu’un point de départ intermédiaire à une prise de conscience générale. Car n’oublions pas que c’est sur nous que repose ce travail qu’il ne faut pas déléguer au simple achat d’un canard. Cet achat ne doit être que l’expression d’un commencement, le commencement du recommencement…

Maxime Laure

liniers

 

 

 

Extrait de http://www.inkulte.com/wp-content/uploads/2015/01/liniers.jpg

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s