Interstellar, à la hauteur de nos espérances

Dans mon précédent article, je m’interrogeais sur les perspectives qu’offrait Interstellar qu’en au renouveau du genre de la science-fiction incarné par 2001, L’Odyssée de l’espace. Premières impressions après avoir vu le film…

Quel objet cinématographique fascinant en la présence d’Interstellar, film audacieux et on ne peut plus grandiose dans tous les sens du terme. Oui, on peut le dire, Interstellar marquera de son emprunte une génération de spectateur, pas forcément pour les bonnes raisons, pas forcément comme nous pourrions l’espérer, mais avoir la chance de pouvoir voir un film à sa sortie dont on reparlera dans dix ans procure d’ores et déjà une forte émotion. Pourquoi pour les mauvaises raisons vous demandez vous ? Eh bien tout simplement parce qu’Interstellar est construit comme un grand spectacle qui ravira à coup sur les spectateurs adeptes des Blockbusters dans un sens plutôt péjoratifs. Loin de moi l’idée de dénigrer le divertissement, néanmoins nous pouvons partir du présupposé que certains spectateurs passeront à côté de certains aspects film. Mais c’est sans doute là toute la force d’Interstellar, concilier divertissement et film d’auteur, magnifique passerelle pour des spectateurs non-initiés.
Revenons au film en lui-même. La conquête de l’espace, les questionnements sur l’humanité, on savait le sujet imposant et sublime, toute la question était donc de savoir si Nolan allait arriver à rendre ces préoccupations à l’écran. En voyant les réalisations précédentes, et notamment Inception, la marge de doute était faible. Mais avec ce film, Christopher Nolan semble être définitivement pour moi un cinéaste de la fascination. Interstellar en est l’exemple ultime, les films pour Nolan se construisent par un cheminement complexe qui glorifie leur sujet. La complexité chez Interstellar passe en particulier par l’aspect scientifique et technique du film. Avant de continuer, je préfère vous rassurer, tout est de fait de manière très intelligible et le spectateur comprend facilement les concepts développés, tels que ceux de trous de verre ou de voyage dans l’espace-temps. Cependant, les concepts sous-jasant sont quant à eux bien plus tortueux pour le spectateur qui cherchera à aller plus loin que là où le film s’arrête. Et c’est sans doute l’un des buts de Nolan, qui en s’appuyant sur des théories existantes réalise un film de science-fiction dont tous peux potentiellement être vrai ou du moins ne peut à l’heure actuelle être réfuté. Cela paraît fou, mais le film est dans une certaine mesure possible. On imagine à peine le travail effectué par Nolan et son coscénariste de frère pour finalement nous livrer sans nous en apercevoir un mini-cours de physique qui en aurait rebuté plus d’un. Et juste pour ça, je dis bravo !
Après les grandes lignes, attachons nous plus à la structure du film. Interstellar est globalement marqué par deux grandes périodes, la vie sur Terre et le voyage dans l’espace. La première partie, et même à sa manière la deuxième, sont assurément très humaniste, chose rare chez Nolan. Néanmoins, les sentiments restent magnifiquement dissimuler derrière une grande pudeur. Pas de pathos à outrance mais plutôt des scènes fortes en émotions qui symbolisent l’un des aspects les plus complexes chez l’homme, celui d’amour. On pensera par exemple à la scène ou Matthew Maconaughay, découvre les quelques 20 années de messages que ses enfants lui ont transmis alors que lui-même n’a pas vieilli d’une journée. Le postulat parait saugrenu mais les images qui en résultent sont d’une force et d’un impact rarement vu au cinéma. De plus, cette humanité, Nolan la traduit aussi à travers des robots, chose qui peut surprendre. Il prend alors le contrepied de 2001 pour attribuer à des outils techniques, dans la plus grande finesse narrative, une « âme », indispensable à la survie même des héros. C’est là l’évolution majeure du style de Christopher Nolan dans Interstellar, arrivé à ajouter une dimension bien plus humaine à ses personnages, chose qui parait indispensable pour ce genre de film.
On appréciera également les rebondissements, notamment celui avec Matt Demon, qui symbolise une vision du film et qui de ce fait ne semble pas maladroitement insérer au scénario. Scénario qui se construit d’ailleurs de manière cyclique et qui vient expliquer à la fin, les éléments du début. Le procédé peut paraitre facile mais il fait toujours un grand effet. Seul petit bémol, quelques semblants d’incohérences et de légers questionnements où l’on se demande par exemple comment peut-on devenir pilote de la plus grande expédition spatiale en 1 heure même en ayant un lointain passé… Illogismes compréhensibles qui sont au final vite oubliés.
Dans une approche plus de mise en scène à présent, j’ai particulièrement apprécié cette idée de retour dans le passé pour symboliser notre futur. En effet, Le film commence en 2040 mais on a pourtant l’impression de nager en plein milieu des années 1950 avec une population active composée essentiellement d’agriculteurs. Pas de superflu, pas d’objets futuristes alambiqués qui au final vieillissent souvent mal dans une industrie du cinéma toujours plus au point techniquement sur les effets spéciaux. En parlant des effets spéciaux, ne les cherchez pas dans Interstellar, le film ayant été réalisé avec des maquettes sans avoir une fois recourt aux fonds verts. Véritable prouesse technique et choix audacieux pour un film de science-fiction, le pari semble gagner dans la mesure où les images paraissent grâce à ce procédé bien plus réel que celles de synthèses, trop parfaites à mon goût. On arrive à distinguer les petites imperfections, ces petits grains à l’image qui témoignent d’un retour aux sources sans doute nécessaire. Dans cette perspective nos sentiments sont longuement éprouvés notamment lors des nombreux plans de silences qui nous permettent de nous focaliser sur le visuel. Encore une fois une idée intéressante qui fait sens dans l’ensemble de l’œuvre.
Il y aurait encore des centaines d’autres choses à dire sur ce film, mais il me semble plus convenable d’arrêter là, les perspectives d’Interstellar s’entremêlant encore dans mes pensées. Tout cela peut, je vous le concède, paraître bien exagéré et c’est peut-être le cas mais je pense réellement que le film de Nolan se doit d’être vu. Que l’on aime ou que l’on n’aime pas, l’objet cinématographique que représente Interstellar dépasse son cadre du film et en dit bien plus que ce qu’il voudrait nous faire croire… Que demander de plus au cinéma ?

Maxime Laure

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