DEBAT : Pourquoi la presse est-elle inaudible quand elle parle d’Europe ?

Après trois jours de débats, parfois très animés, sur les enjeux européens, il était temps de boucler la boucle. Le dernier échange, le samedi 8 novembre, a été l’occasion de se recentrer sur ceux qui décryptent l’actualité Européenne : les journalistes.

L’Europe, un sujet sexy ?

            Qu’est ce qui attire, ou pas, le lectorat quand on parle de l’Europe ? Le débat s’ouvre sur le constat que l’Europe ne suscite pas un fort enthousiasme auprès des lecteurs.

En effet, nombreux sont ceux qui se plaignent d’une Europe trop technocratique. Gloire à celui qui comprend, et surtout retient, les compétences spécifiques de chaque institution.

Une des pistes qui expliquerait également le manque d’intérêt pour l’actualité européenne serait le sentiment d’être déconnecté d’une identité européenne qui n’irait pas de soi. Or, les médias peuvent ici jouer un rôle crucial de médiation. La presse met au courant des actions de l’Europe, elle ouvre au dialogue, sensibilise aux enjeux supranationaux.

            Par ailleurs, les médias ont tendance à se tirer une balle dans le pied en considérant que « L’Europe ça n’intéresse personne ». Véronique Auger, rédactrice en chef Europe et présentatrice de Avenue de l’Europe à France 3, doit constamment défendre l’intérêt de son émission face aux programmateurs. Celle-ci considère qu’au delà d’une position pro ou anti-Europe, les journalistes ont une mission de mise à disposition de l’information utile à la prise de décision et au vote démocratique. Il faut apprendre à enseigner l’Europe. Il y a certes un côté rébarbatif mais comprendre l’Europe et son fonctionnement est crucial aujourd’hui pour les citoyens.

            Pour Yves Harté, rédacteur en chef de Sud Ouest, une autre question doit être posée : « Qui est audible quand il parle de l’Europe ? Et de quelle Europe parle-t-on ? ».

Parler d’Europe, c’est aussi le quotidien de Sud Ouest. En effet, ce journal régional a, depuis sa création, à cœur de traiter l’actualité européenne avec précision. Alors, un journal régional est-il crédible quand il parle d’Europe ? Les lecteurs y voient-ils une cohérence, si pertinente l’analyse soit-elle, et y accordent-ils donc leur attention ?

La responsabilité de la profession doit également être prise en compte. En effet, les pertes d’audience s’expliqueraient en partie par la condescendance de certains journalistes, face à un lecteur de plus en plus informé. La participation, le feedback des lecteurs est donc important, en ce qu’il alimente des débats constructifs.

Funky, l’Europe

            Beaucoup de journalistes sont dépassés par la technicité de l’Europe, fait remarquer Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles. Il est primordial de prendre le temps de décrypter l’actualité Européenne. Sortir du compte-rendu, c’est avoir une vision à 360°, en parlant par exemple des coulisses des institutions européennes. On ne doit donc pas négliger l’analyse approfondie des sujets relatifs à l’Europe, si complexes soient-ils. De plus, « on raconte mal l’europe. » Il faut la vivre et la faire vivre, révéler son côté humain. L’Europe c’est aussi des gens, des annecdotes hilarantes.

            Le journalisme européen est sur la bonne voie. De plus en plus de journalistes suivent ce qui se passe dans institutions de l’europe. Or, la crise de la presse affaiblit le journalisme européen. Les correspondants permanents à Bruxelles ont souffert des suppressions de postes. Déontologiquement, cela pose problème : on attend d’un journliste d’être au plus près des événements. Alors, comment suivre et comprendre l’actualité européenne en restant à Paris ?

            En résumé, très longtemps, les journalistes ont été responsables du mauvais traitement de l’information européenne. À cela s’ajoute aujourd’hui un manque regrettable de moyens. Bien que la volonté de parler d’Europe soit désormais présente, seule la reprise des abonnements pour la presse permettrait de sortir d’une « spirale de médiocrité », estime Jean Quatremer.

Parler d’Europe, c’est donc d’abord en comprendre les rouages. C’est ensuite maintenir une proximité avec Bruxelles, malgré des ressources financières amoindries. C’est enfin rendre intelligible l’information tout en construisant une analyse rigoureuse, et si possible funky.

Margaux Lacroux

Pour lire les autres articles des tribunes de la presse :

Projection d’ouverture « Les Gens du Monde » Gabriel de Bortoli

Débat « Le Canard Enchaîné, 100 ans d’impertinence » – Julie Simons

Conférence « Le futur traité de libre-échange avec les Etats-Unis, un réel plus pour l’Union Européenne ?«  – Léa Léostic et Derwell Queffelec

Atelier « Kishka et Urbs, deux caricaturistes aux Tribunes de la Presse«  – Gabriel de Bortoli

Conférence « Aux confins de l’Europe«  avec Paolo Rumiz – Gabriel de Bortoli

Débat « Politique : quand la droite chrétienne descend dans la rue«  – Sarah Duhieu.

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