DEBAT : Le futur traité de libre-échange avec les Etats-Unis, un réel plus pour l’Union Européenne ?

Le Transatlantic Trade and Investisement Partnership, ou plus simplement le TTIP, a vu le jour durant l’été 2013. Depuis les USA et l’UE multiplient les tables rondes et le cycle de négociation s’enlise. Mais que se cache-t-il réellement derrière cet acronyme ?

Selon Barack Obama, fervent défenseur de ce traité, le TTIP permettrait à coup sûr de relancer la croissance et de créer des emplois. L’Union européenne et les Etats-Unis pourraient ainsi importer et exporter plus simplement grâce à la suppression de certains obstacles, comme les droits de douanes. Le TTIP permettrait également une harmonisation des normes des deux pays. Sur le papier, le traité transatlantique parait quelque peu utopique : qui aujourd’hui ne souhaiterait pas une relance de la croissance et de l’emploi ? En réalité, les limites soulevées par le traité sont bien plus complexes …

C’est d’ailleurs pour évoquer les avantages et les inconvénients du Transatlantic Trade que Guillaume Klossa, président du think tank EuropaNova, Adrien de Tricornot, journaliste au Monde, Jeremy Ghez, professeur d’économie et de géopolitique à HEC et Sylvain Cypel, ancien correspondant économique du Monde, ont été invités à débattre dans le cadre des Tribunes de la Presse, devant un public venu nombreux.

Les normes du TTIP sont au cœur des négociations. Et le sujet de la santé cristallise le débat. En effet, les systèmes sociaux et sanitaires de l’UE et des Etats-Unis sont sensiblement différents. Pourtant, le traité envisage une harmonisation des systèmes de santé. Il œuvre également pour un accord sur les règles de précautions et sur la manière dont les produits pharmaceutiques sont vendus. Mais cette éventuelle harmonisation effraie les européens, comme en témoigne l’intervention spontanée d’un spectateur qui craint de voir notre système de santé régresser. Pour Adrien de Tricornot, là est le principal enjeu du traité.

Face à l’ampleur du TTIP, on peut s’interroger : « Qui seront les véritables gagnants ? ». Pour l’instant, l’intérêt américain semble primer. Il faut d’ailleurs rappeler qu’outre-Atlantique, les mutuelles de santé sont quasi inexistantes. Se soigner reste un luxe que trop peu d’américains peuvent se permettre. Le TTIP leur permettrait donc d’agrandir leur marché, pour pouvoir ensuite se concentrer sur les grandeurs du marché chinois.

Si le traité transatlantique aboutit, il permettrait de faire des milliards d’économies qui profiteraient aux consommateurs. C’est en tout cas l’avis de Jeremy Ghez. Pour d’autres, les grands gagnants seraient les multinationales qui pourraient voir leur marché grandir grâce à la disparition des frais de douanes et l’apparition de normes nouvelles. Pour les détracteurs du traité, les échanges pourraient même s’orienter vers de l’intra-firme, occasion pour les multinationales de prendre un peu plus de pouvoir.

Seus les échanges culturels résisteraient au TTIP, de peur de voir l’exception culturelle disparaitre. En effet, l’uniformisation du système culturel engendrait un grand chamboulement, notamment dans le secteur de l’audiovisuel, de la musique ou encore de la littérature. On peut se demander si cette exception ne serait pas l’œuvre de l’UE, pour protéger sa sphère culturelle en cas d’échec du traité.

Même si ce futur accord de libre-échange semble être un plus pour l’économie européenne, un problème de taille subsiste : existe-t-il réellement un pouvoir politique au sein de l’Union européenne qui pourrait palier aux changements considérables qui se dessinent ? Sans le vouloir, le débat sur le TTIP soulève la question de l’unité européenne. Avant de se lancer dans des négociations aussi complexes, peut-être aurait-il fallu s’interroger sur les échanges intra-européens et sur l’entente entre les différents pays membres. Le débat sur le traité transatlantique en a donc soulevé d’autres questions. Pour Adrien de Tricornot et Guillaume Klossa, l’UE devrait d’abord se pencher sur son propre futur et se demander s’il existe vraiment un sentiment d’appartenance européen.

Le débat a ensuite laissé place aux questions du public. Beaucoup de mains se sont levées, mais peu ont pu poser leur question, faute de temps. L’ambiance s’est d’ailleurs quelque peu tendue. Le manque d’informations est surement responsable de cette tension. Car les contours du TTIP restent flous. Le traité transatlantique devait prendre acte en 2015. Pour l’instant, les négociations stagnent et aucun homme politique ne s’est encore exprimé sur le sujet.

Léa Léostic et Derwell Queffelec

Pour lire les autre articles des tribunes de la presse :

Projection d’ouverture « Les Gens du Monde » Gabriel de Bortoli

Débat « Le Canard Enchaîné, 100 ans d’impertinence » – Julie Simons

Atelier « Kishka et Urbs, deux caricaturistes aux Tribunes de la Presse«  – Gabriel de Bortoli

Conférence « Aux confins de l’Europe«  avec Paolo Rumiz – Gabriel de Bortoli

Débat « Pourquoi la presse est-elle inaudible quand elle parle d’Europe ?«  – Margaux Lacroux

Débat « Politique : quand la droite chrétienne descend dans la rue«  – Sarah Duhieu.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s