DEBAT : Le Canard Enchaîné, 100 ans d’impertinence

source : http://aqui.fr
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Le vendredi 7 novembre à 18h a eu lieu le débat « Le Canard Enchaîné, 100 ans d’impertinence » aux Tribunes de la Presse. Le seul intervenant qui y participe est Nicolas Brimo, journaliste et administrateur délégué au Canard Enchaîné depuis 1979. Celui-ci raconte tout : des débuts du journal avec son fondateur, Maurice Maréchal, jusqu’aux anecdotes qui font que les articles du Canard Enchaîné sont si convoités par la classe politique française tout d’abord, et par les français en général, à raison d’environ 435000 exemplaires vendus par semaine.

La particularité de ce journal, comme aime le rappeler Nicolas Brimo, est qu’il n’est l’objet d’aucune subvention, qu’elle soit étatique ou publicitaire. En effet, le Canard Enchaîné se suffit à lui-même et chacune des 58 personnes qui y travaillent en possède un petit bout de capital. Il appuie le côté « petite épicerie » du journal et rappelle que c’est un des seuls journaux à publier ses comptes en fin d’année, comme le préconise la loi.

Au cours du débat, on se rend compte que le Canard Enchaîné a souvent participé à l’évolution des mœurs, et ce notamment dans le droit de la femme et de sa liberté sexuelle. Nicolas Brimo a même été poursuivi en justice en 1979 pour propagande des moyens de contraception, poursuites abandonnées par la suite.

A la question « quelles sont les règles du journal ? », l’intervenant répond : « Le Canard Enchaîné n’a aucune règle, si ce n’est de ne jamais passer dans des émissions généralistes. » L’explication tient dans le fait que ces émissions ne traitent pas réellement des problèmes de fond et cherchent plus à polémiquer qu’à expliquer.

« Comment savez-vous tout ça ? Quelles sont vos sources ? », demande un lycéen. Nicolas Brimo réplique : « il y a des fuites, mais il faut savoir se renseigner par les recherches et la culture, lire les budgets et amendements qui sont publiés. Il faut aussi savoir vérifier la véracité des informations communiquées par les hommes politiques et ne pas se fier à leur bonne foi. » Il insiste sur le principe de ne pas trahir ses sources et sur le fait que celles-ci ne donnent pas toujours les informations dans un but de coup politique. Il enchérit même sur le besoin des hommes politiques de se servir du Canard Enchaîné et donne les exemples de Roland Dumas, Nicolas Sarkozy et François Hollande qui ont déjà communiqué des informations au Palmipède.

Une autre question, posée par une femme « Est-ce que vous posez des limites à cette impertinence ? », réponse immédiate : « La vie privée, car ce n’est pas la fonction des journalistes que de la dévoiler ». Cependant le barrage a sauté et il est aujourd’hui courant de trouver des informations très personnelles dans les journaux. Le Canard Enchaîné essaie tout de même d’y échapper.

« Comment gérez-vous le temps ? », « il n’y a pas beaucoup de monde donc pas la possibilité de s’investir dans plusieurs affaires à la fois. » Exemple de l’affaire Lepan pour laquelle deux journalistes se sont consacrés pendant deux semaines à des investigations pour pouvoir confirmer le témoignage du dénonciateur.

« Pourquoi ne pas être sur internet ? » Explication sur le fait qu’internet coûte plus qu’il ne rapporte : « Internet rapporte environ 3,7% du chiffre d’affaires aux différents journaux. De plus, le modèle économique du Canard Enchaîné [le capital clos] n’est pas reproductible sur internet. »

A la question posée par une femme de toute évidence étrangère : « Pourquoi le Canard Enchaîné n’est pas traduit ou adapté dans les autres pays de l’Europe ? », Nicolas Brimo explique qu’il est difficile d’investir en Europe, malgré une proposition qui leur a déjà été faite sur un journal satirique belge. De plus, il a des doutes sur le fait que la satire (qui est quand même le mot clé du Palmipède) aurait une aussi bonne réception qu’en France à l’étranger.

A une question d’ordre économique cette fois, demandant quelles sont les ressources financières du journal, l’intervenant réexplique – non sans fierté – que le chiffre d’affaire provient en totalité des ventes du journal.

« Quelles sont les coopérations entre médias ? ». Nicolas Brimo nous explique qu’il y en a peu, bien que tout le monde se connaisse dans ce milieu. Il dit que « chaque rédaction a son mode de fonctionnement » et que le Canard Enchaîné n’a aucune collaboration avec Mediapart, le prouvent les différends qu’ils ont eu à certains sujets.

Quant à une question qui est posée sur les manipulations passées du Canard Enchaîné, Brimo réplique d’une phrase simple et sans prétention : « à force de fréquenter un milieu, on acquiert les réflexes du milieu ».

Enfin aux questions d’étudiants en journalisme : « comment fait-on pour y rentrer ? », l’intervenant répond qu’il n’y a pas de règles prédéfinies, que les rédacteurs sont d’origines variées (il prend l’exemple de Claude Angéli qui était plombier) mais qu’un problème persiste : le recrutement de la presse est retreint car tout le monde vient du même moule.

Le mot de la fin revient à une femme qui soulève un thème non abordé jusqu’alors, celui de l’humour. Elle demande alors « Je ne sais pas pourquoi on en a pas encore parlé, alors que d’après moi c’est le sujet le plus important. Mais, moi, quand je lis le Canard, c’est pour me marrer. Et alors, je me demandais si, lors des réunions, vous vous marriez autant que moi ? » Nicolas Brimo explique que l’idée lors des réunions, c’est de trouver le bon jeu de mot, celui qui fera rire. Alors même si non, ils ne se marrent pas toujours, leur réunion est toujours un « bordel » et l’on ne sait plus qui, au départ, a lancé le jeu de mot ! Il reprend ainsi une citation de Maurice Maréchal : « Mon premier réflexe c’est de m’indigner, le second, c’est de me marrer !»

Julie Simons

Pour lire les autres articles des tribunes de la presse :

Projection d’ouverture « Les Gens du Monde » Gabriel de Bortoli

Conférence « Le futur traité de libre-échange avec les Etats-Unis, un réel plus pour l’Union Européenne ?«  – Léa Léostic et Derwell Queffelec

Atelier « Kishka et Urbs, deux caricaturistes aux Tribunes de la Presse«  – Gabriel de Bortoli

Conférence « Aux confins de l’Europe«  avec Paolo Rumiz – Gabriel de Bortoli

Débat « Pourquoi la presse est-elle inaudible quand elle parle d’Europe ?«  – Margaux Lacroux

Débat « Politique : quand la droite chrétienne descend dans la rue«  – Sarah Duhieu.

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