Le spectacle des fidjiens

A l’instar des vedettes néozélandaises et des premières lignes de l’Est, les rugbymen fidjiens sont de plus en plus en vue sur les pelouses du Top 14. Analyse d’un phénomène.

Samedi dernier le XV de France a remporté son premier test match 40-15 face au Fidji. Avec 5 essais au compteur, l’équipe de France a offert un baptême digne de ce nom à Teddy Thomas, Scott Speeding et aux autres nouveaux bleus. Cette victoire permet d’aborder le match de samedi prochain contre l’Australie un peu plus sereinement. Peut-être a-t-on enfin trouvé un système qui marche, qui sait ?

Mais outre nos 15 français, il y avait d’autres têtes connues samedi sur la pelouse du Vélodrome. En effet, 9 des 15 joueurs alignés par Inoke Male, le sélectionneur fidjien, évoluent en Top 14 ou en Pro D2, soit 12 joueurs sur l’effectif total.

De véritables machines à marquer

Depuis quelques années, les joueurs fidjiens sont devenus indissociables du paysage rugbystique français. Pour preuve, sur les 9 éditions du Top 14, le classement des marqueurs d’essais a été remporté 7 fois par des fidjiens. Redoutables finisseurs, ces joueurs du Pacifique, et particulièrement les ailiers, ont séduit et conquis les pelouses du Top 14. Et ce pour de multiples raisons. Tout d’abord parce que ce sont des athlètes hors-normes, rapides mais aussi de véritables machines à marquer. « La plupart des fidjiens sont des ailiers et nous avons tous la même mentalité. Quand je prends le ballon, je n’ai qu’un objectif : marquer un essai, que ce soit à 20, 50 ou 80m. Nous ne sommes attirés que par la ligne de but. C’est une question d’instinct » expliquait en septembre Met Talebula, ailier de l’UBB. Mais l’instinct n’explique pas tout. Pour Franck Boivert, formateur installée sur l’archipel, ce phénomène s’explique aussi par l’histoire fidjienne « Il y a eu à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle une sélection génétique terrible dans les iles du Pacifique, à cause d’épidémie des maladies importées par les colons européens. Seuls les plus forts ont survécu. […] De plus, le régime alimentaire traditionnel est très sain, à base de poissons et de légumes avec beaucoup de protéines et pas de graisse ». La volonté des ailiers fidjiens de toujours vouloir attaquer la ligne d’embut, comme le raconte Met Talebula, s’expliquerait aussi par l’influence du rugby à 7. Plus rapide et surtout plus offensif que le rugby à XV, le jeu à VII est le rugby le plus pratiqué au Fidji. Le palmarès parle de lui-même : à VII, les Fidji ont remporté 2 fois la Coupe du Monde et reste aujourd’hui une des équipes les plus puissantes. A XV, ils n’ont jamais franchi le stade des quarts de finale.

10805134_10205217199850048_1712679551_nMet Talebula a terminé en tête du classement des meilleurs marqueurs la saison dernière, avec 14 essais au compteur.

L’exil, passage obligé pour les fidjiens

Avec toutes leurs qualités, les joueurs fidjiens ont logiquement séduit les clubs français. Et réciproquement. Aujourd’hui, l’exil en France est vu comme une chance. En effet, le manque d’infrastructures et d’entraineurs de haut-niveau ne permet pas à l’île de former des joueurs professionnels, de niveau international sur son sol. « Les compétitions sont de niveau trop faibles, les encadrements et les installations aussi. Pour être compétitif au niveau international, les fidjiens n’ont pas d’autres choix que d’envoyer leurs joueurs dans les clubs professionnels à l’étranger » confirme Joe Rokocoko, ailier bayonnais natif des Fidji. Mais aujourd’hui, cet exil est plus facile qu’auparavant : les nouveaux venus sont rassurés de retrouver des compatriotes sur place. Mais la barrière de la langue reste considérable et … le climat difficile à accepter. « Mon agent m’avait dirigé vers Clermont. Le club voulait signer mais je n’ai pas trop aimé la ville ni le climat …. Plus tard, mon agent m’a fait part d’une possibilité à Bordeaux et il m’a expliqué que ce n’était pas loin de la mer et qu’il y avait déjà quelques joueurs des îles. J’ai donc décidé de venir à l’UBB » assume l’ailier bordelais Met Talebula.

Pour les clubs français, l’exode forcée des fidjiens est une aubaine. D’abord, car les fidjiens assurent le show, avec des essais spectaculaires. La preuve : samedi dernier à la 82ème minute, les Français mènent 40-8, le match est donc scellé. Pourtant, Nagusa, ailier fidjien de Montpellier, n’a pas hésité à entamer une course de 80 mètres pour filer à l’essai. Pour l’honneur, pour le jeu, et pour le spectacle. Leurs exploits mis à part, les joueurs fidjiens sont également moins exigeants sur le montant de leur rémunération que leurs homologues français. Et ce n’est pas tout, les clubs français voient dans les jeunes fidjiens de potentiel « JIFF » (Joueur Issu des Filières de Formation).

« Fidjiff »

Aujourd’hui, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) contraint les clubs français à avoir dans leur effectif 55% de joueurs issus des filières de formation, soit 55% de joueurs ayant passé au moins 3 saisons dans un centre de formation français. Les clubs sont donc de plus en plus tentés de détecter des joueurs fidjiens le plus tôt possible, pour les inclure dans les fameux 55%. Dans un souci d’échange de bons procédés, les clubs de Clermont et de Brive ont ouvert des « académies » au Fidji. « Pour que les clubs rendent au Fidji ce que les joueurs fidjiens ont offert aux clubs français par leur talent » confiait Franck Boivert, dans les colonnes de Midol. « Rien à voir avec des centres de formation délocalisés » jure-t-il. On peut malgré tout se permettre d’en douter.

Léa Leostic

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