Le traducteur de Game of Thrones est maintenant Bordelais !

Mercredi 25 Juin 2014 à la librairie la Machine à lire de Bordeaux, le traducteur Bordelais Patrick Marcel, donnait une conférence concernant sa dernière traduction en date, l’Oeuf du Dragon, Game of Thrones, 90 ans avant. Ce livre est un spin off de la saga principale « Game of Thrones » qui raconte l’enfance d’un personnage destiné à devenir Roi. Pour ceux qui l’ignorent encore, « Game of Thrones » est La Série télévisée adaptée de la Saga de littérature Fantasy « A song of Ice and Fire » de l’auteur Georges R.R Martin. Retour sur un phénomène de société..

Ninfo : Pensez-vous que Bordeaux est semblable à Westeros ?

Patrick : Peut être à la Treille. Il y a des ressemblances avec ce royaume, puisque c’est un royaume de vignobles. C’est une terre dont les crus sont célèbres. Et puis elle se situe vers le Sud donc ça ne peut être la Bourgogne. De toutes manière si la Bourgogne faisait du vin ça se saurait (rire). Pendant un temps j’ai pensé que les Frey pourrait être la France mais finalement ils sont trop affreux. Mais cependant il y avait beaucoup de ressemblances parce que il y avait tout un tas d’héritiers qu’il voulait caser. Je pense que si Bordeaux devait être un royaume de Westeros ça serait vraiment la Treille.

Ninfo : Et Alain Juppé serait il Tywin Lannister ?

Patrick : Oh non ! Ça serait Lord Redwyne logiquement (rire). Je n’ai jamais vu Alain Juppé dépecer un cerf.

Ninfo : Pourquoi avoir décidé de faire le métier de traducteur ?

Patrick : J’ai été en Angleterre, j’aimais beaucoup les bandes-dessinées donc je suis revenu avec des comics. À force de revenir avec des comics, j’ai commencé à me dire « Oh c’est bête parce qu’il y a des livres que je voudrais lire mais en français ils coûtent trop cher alors qu’en anglais on les trouve en version poche pour pas cher. Il faudrait que j’essaie de lire en anglais. »

J’ai essayé. Au début ça a été un petit peu laborieux et puis finalement ça a bien marché. Et puis à force de lire j’ai eu envie de traduire.

Mais effectivement je n’ai pas de formations ni suivi d’études pour ce métier. c’est le résultat qui compte. Mais peut être que pour avoir un poste lorsque l’on arrive chez un éditeur ça impressionne un peu plus si on a la formation. Moi j’ai eu beaucoup de chance, je connaissais des amis au moment où ils fondaient les collections. Ça m’a permis de traduire des romans et ensuite une fois qu’on a un petit CV, ça permet de faire d’autres traductions.

Ninfo : Pourquoi avoir choisi de reprendre la saga après le départ de Jean Sola ?

Patrick : En fait c’est par hasard. Je suis arrivé chez l’éditeur et je n’avais pas traduit de livre pendant un an alors je commençais à m’inquiéter parce que c’était en 2010, le début de la crise. J’ai commencé à démarcher deux ou trois éditeurs, je suis allé voir J’ai lu et le directeur de la collection J’ai lu travaille avec Pygmalion. Il m’a dit « J’aurai peut être quelque chose pour toi dans un mois ou deux. » et effectivement deux mois plus tard il m’a rappelé pour me demander si « Le Trône de Fer » (ndlr : titre en français de « Game of Thrones ») m’intéressait.

Bien sûr j’ai dit oui puisque j’avais entendu parler de la série, le sujet m’intéressait et j’avais déjà traduit un roman de Martin, c’est un auteur que j’aime bien. Je me suis vraiment mis dans la saga et la série pour le boulot. J’avais l’intention de la lire quand elle serait finie. Hahahahaha (rire jaune)…raté. Du coup je me suis tout spoilé, parce que pour traduire le tome cinq il fallait que je sache ce qu’il se passait dans les volumes précédents. Je me suis grillé toutes les surprises.

Ce qui m’énerve le plus c’est que les gens voudraient que l’on traduise comme ça, instantanément. Je suis désolé mais la traduction ça prend du temps et si l’anglais c’est si facile les gens n’ont qu’à lire les livres en VO au lieu de se plaindre parce qu’il faut attendre. Ce n’est pas pareil de lire et traduire un livre. Pour lire il suffit de comprendre le livre, pour traduire il faut arriver à une forme de français correcte.

Ninfo : Quelle est votre prochaine traduction à sortir ?

Patrick : Le guide de Westeros, qui sort sous le titre « Game of Thrones les origines ». On m’avait dit que c’était un livre illustré. Un livre illustré on sait tous ce que c’est, des images et des pavés de textes. On m’avait donné deux mois pour le traduire du coup j’ai dit oui, puisqu’un livre illustré normalement ce n’est pas très long à faire. Et en recevant le fichier, je me suis aperçue que le texte faisait 665 feuillets anglais, ce qui fait environs 790 feuillets en France. Voilà l’affaire. En deux mois.

En plus, sur le monde du « Trône de Fer », ce qui signifiait que je devais faire des recherches parce que je ne connais pas tous les noms par coeur. Il fallait que j’aille vérifier les noms etc. sur le Wikipédia dédié à « Game of Thrones », pour m’apercevoir que parfois c’est traduit autrement et ça rentre en conflit, voire inventer des noms. Donc déjà traduire 800 pages en deux mois c’était pas facile. Mais en plus traduire en se documentant et en allant chercher les informations alors que j’ai un autre travail à côté de mon hobby qu’est la traduction…Enfin, là c’est fini, ça fait une semaine, je l’ai rendu, c’est fait. Mais maintenant j’essaie de rattraper les autres traductions que je devais faire tranquillement et qui ont pris du retard parce que j’ai pensé qu’un livre illustré n’allait pas me retarder. Mauvais calcul.

Ninfo : Pourquoi faut-t-il traduire les noms des personnages ?

Patrick : C’est comme pour « Le Seigneur des Anneaux ». L’histoire ne se déroule pas en Angleterre donc les gens ne parlent pas anglais. Donc si un nom est en anglais avec un sens anglais dans le texte original, il est traduit du langage, du Hobbit par exemple. Donc il faut à mon avis, que le nom fasse sens aussi en français. Donc il faut traduire les noms. Autant pour un roman où le personnage s’appelle Smith, c’est sûr qu’on ne va pas traduire par Forgeron, autant pour un roman de fantasy où les noms ont une signification, il faut les traduire. Je parlais de Lord Redwyne, je ne l’aurais pas traduit par Seigneur Vin Rouge parce que ça ne sonne pas bien mais j’aurais trouvé quelque chose. Seigneur Grand Cru par exemple. Le nom fait sens en anglais, il devrait aussi faire sens en français. En plus je traduis par définition pour des lecteurs qui ne lisent pas l’anglais. Pour moi, laisser des nom anglais c’est leur laisser des mots impénétrables. Mais bon, je n’ai traduis qu’à partir du cinquième tome donc je suis obligé de garder les noms qui ont été établis.

Ninfo : Pourquoi la série et les livres ont ils connu un succès mondial ?

Patrick : Je ne sais pas. La saga des romans était populaire. Moi lorsque je l’ai reprise, ils avaient déjà une bonne réputation, les gens appréciaient déjà cette histoire, il avait déjà de très bonne ventes. Je pense que la saga est populaire grâce au réalisme qui fait que l’on ne sait pas si un personnage qui semble être le héros, va l’être finalement ou si il ne va pas mourir au chapitre suivant. Ce suspens permanent marche très bien. On trouve aussi le jeu qui repose sur les nombreuses énigmes de l’histoire qui s’ajoute à l’histoire générale. En fait, il y a deux grandes intrigues. D’abord l’arrivée des Marcheurs Blancs du Nord, qui est la grande menace mais jusqu’à présent, la plupart du royaume de Westeros en ignore encore l’existence. On suppose, puisque le titre en anglais est « A song of Ice and Fire » (ndlr : « Une chance de Glace et de Feu » en anglais), que les dragons vont peut être jouer un rôle dans cette histoire mais rien n’est sûr.

La deuxième histoire repose bien sûr sur la question de « Qui aura le trône de fer ? » puisque le trône est vacant, il y ‘a énormément de luttes pour se l’approprier. Et enfin, il y a toutes les autres petites intrigues, donc c’est vraiment une histoire prenante parce que ça relance constamment le suspens sur différents personnages. Mais pourquoi cela a-t-il un aussi grand succès je ne sais pas.

J’avoue être moi-même assez étonné par la série car elle est très bien écrite, elle a de superbes acteurs…D’ailleurs j’adore Charles Dance dans le rôle de Tywin Lannister ou encore, de nouvelles stars comme Émilia Clarke qui incarne Daenerys, dont je n’ai pas souvenir dans d’autres films, et pourtant elle est formidable. Cette série a aussi de beaux moyens pour une série télévisée, et pourtant on a vu de nombreuses série qui ne marchaient pas en ayant le même cocktail.

Je pense aussi que « Le seigneur de anneaux » a ouvert la voie au Fantastique dans la culture populaire. Mais c’est aussi parce que Game of Thrones est construit comme un roman historique, comme les Tudors. On s’intéresse d’abord aux luttes entre les personnages, et ensuite petit à petit, la magie commence à intervenir, les dragons, tous ces aspects fantastiques qui font qu’on peut commencer l’histoire comme on lit r un roman historique et que finalement on se retrouve pris dans une histoire de fantasy.

Ninfo : Game of Thrones est-il différent des autres histoires de fantasy parce qu’on ne retrouve pas le schéma de l’épopée souvent présent dans ce genre littéraire ?

Patrick : Absolument, il n’y a pas le schéma habituel de la quête. Ça me fait penser à un autre roman que j’ai bien aimé car il faisait éclater ce schéma, « Jonathan Strange et Mister Nurrel » de Susanna Clarke. C’est le genre de roman que l’on lit comme une biographie. On lit la vie des personnages sans qu’il n’y ai de but réel, ou si il y en a un, il est dissimuler pour que l’on ne s’en aperçoive qu’à la fin de l’histoire. Et je pense que Martin joue dans le même registre. Il y a dans Game of Thrones un détachement de l’idée de la quête. Malheureusement, la quête conduit beaucoup trop de romans de fantasy, et du moment qu’il y a une quête on ne va pas terminer l’histoire en disant « Ah ben la quête on l’a ratée finalement l’ennemi a gagné ! », ça ne marcherait pas. Résultat, dés qu’il y a une quête, ça oriente le livre et on est perdu, ça le rend prévisible. Là, le cadre habituel explose, ce qui rend le roman imprévisible, et c’est d’ailleurs pour cela que tout le monde attend impatiemment le prochain volume afin de savoir qui va survivre, est-ce qu’un tel ou un tel est réellement mort etc.

Ninfo : Quelles sont les différences entre la série et les livres ?

Patrick : C’est très compliqué parce qu’ils ont éliminé des personnages, ils en ont rajouté d’autres, ils ont coupé des histoires, ils ont tué des gens qui vont très bien dans le volume cinq…À la fin de la saison 2 une des dames de compagnies de Daenerys est tuée alors qu’elle continue de faire des plaisanteries dans le volume cinq que je venais justement de traduire. Ça m’a fait un petit peu bizarre de la voir disparaître.

Dans la dernière saison concernant l’histoire de Bran, ils ont coupé un pan entier de l’histoire et un personnage. C’est pour ça que j’ai été étonné parce que Bran est arrivé à la fin du volume cinq et donc je ne sais pas ce qu’il va devenir maintenant dans la série parce que…ou alors il va commencé le volume six tout seul dans la saison prochaine.

Ninfo : Va-t-il y avoir une chute des ventes suite à la diffusion de la fin de la série avant que le livre ne soit paru puisque actuellement la série rattrape dangereusement la saga ?

Patrick : On verra. Il y a un certain mystère puisque la série commence à pas mal diverger des livres,. Je me demande même si ils vont finir pareils ! Il paraît que Martin a raconté la fin aux producteurs de manières à ce que, si jamais il se fait renverser par un camion demain, on ait au moins la fin de la série. Ça nous consolera pas entièrement mais ça sera déjà ça. Mais est-ce que les producteurs de la série vont faire la même fin ? On en est rien. Ils sont obligés de composer. C’est à dire que les scènes de batailles, on les voit souvent de côté ou rapportées par un personnage parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire de gigantesques scènes de batailles à la « Seigneurs des Anneaux ». Et puis il ne faut pas perdre de vu que la série résume. Une adaptation, ça doit être un tout cohérent. Il faut que, sans avoir lu les livres, si on suit la série, on puisse comprendre et suivre les enjeux et que ça fasse une œuvre en elle-même. Je pense que les gens seront toujours curieux de savoir ce qui se passe dans les romans pour compléter. Y’ aura peut être un effondrement lorsque ce sera la fin de la vogue. Puisque actuellement il y a vraiment un côté très mode.

Propos recueillis par Chelsea C. en collaboration avec Andrew, stagiaire à O2 Radio

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