Violences quotidiennes et terreurs nocturnes

L’article suivant est écrit de manière totalement informelle et subjective, les événements s’étant réellement déroulés et faisant partie de mon expérience personnelle.

Ca y est, j’ai déménagé. C’est pour moi un soulagement pour de nombreuses raisons, mais la principale reste mon voisin. Ne quittez pas directement cette page, ce n’est pas là le seul propos de cet article. On a tous eu un voisin insupportable : un qui mettait la musique à fond, un qui faisait tous les soirs la fête, un dont on connaît toute la vie tellement les murs sont fins, un dont nous pouvons suivre ses ébats et ses débats, etc. Mais jusqu’à présent, il y a peu de personnes dans mon entourage qui ont eu à subir un voisin comme le mien.

Commençons par le commencement. Mon ancien voisin, que nous appellerons ici l’Homme (bien que je l’appelais personnellement Camé-Man) était hébergé chez sa copine La Femme. J’ai pu, après un an en tant que voisin mitoyen dans une résidence aux murs fins, apprendre de nombreuses choses sur l’Homme. Ancien clochard, drogué notoire, diagnostiqué médicalement bipolaire, propriétaire de 4 gros chiens, en colère contre la France qui le traite comme étranger, contre le système qui l’a rejeté, contre les gens qui l’insupportent et contre moi qui représente ce qu’il hait au plus haut point. Un personnage haut en couleur en soi.

Fraîchement arrivé dans le monde étudiant, locataire de mon premier appartement, je découvrais avec innocence l’Homme, qui m’apparaissait tout d’abord comme rien de plus qu’un voisin un peu étrange et assez bruyant, qui crachait parfois des monologues de haine depuis son balcon et parfois laissait de drôles de mots sur sa porte.

Et puis, les choses se sont un peu bousculées.

Un soir où je rentrais tard de la fac, je l’entendais crier particulièrement fort. Après être entré discrètement dans mon studio, je ne pouvais faire autrement que tout entendre tant les murs sont fins. Insultes répétées, bruits sourds, objets qui se cassent et des cris. Des cris de femme. De La Femme. Un « Lâche-moi ! Au secours ! » retentit. Paniqué, tremblant, je compose le numéro de la police et explique le problème d’une voix chevrotante. « On arrive », qu’ils me disent.
En un mois, j’ai pu découvrir la vie indépendante, les violences conjugales et l’impuissance policière. C’est 40 minutes après que 3 policiers sont arrivés. L’Homme aurait eu le temps de tuer 2 fois et de s’enfuir prendre un avion à Mérignac. Mais, candide que j’étais, l’Homme était bien habitué à tout cela, la Femme aussi d’ailleurs. C’est simple de se taire quand les policiers arrivent, ils vont pas défoncer la porte quand même. Après 20 minutes de « Ouvrez s’il vous plaît, on sait que vous êtes encore là ! », c’est la Femme qui ouvre. « Il n’y a pas de problème » dit-elle. Ils discutent deux minutes. Attendent cinq. Et repartent. Faut dire qu’eux aussi sont habitués, ils les connaissent bien.

C’est en discutant ensuite avec d’autres voisins que j’ai appris que ça fait plus de 5 ans que ça dure et que tant que la Femme ne porte pas plainte, personne ne peut rien y faire. C’est là que j’ai appris l’impuissance et que j’ai compris pourquoi personne n’avait appelé la police ce soir-là avant moi, simple étudiant tout jeune et faible. Peinant à dormir, en état de stress quasi constant, j’ai perdu mon appétit et plusieurs kilos pour gagner des cernes et une humeur très changeante. Les cris, on finit, faute de s’y habituer, par s’en accommoder. C’était mon quotidien. Difficile à admettre, mais je mettais parfois mon casque à plein volume pour ne plus les entendre et me suis fixé comme règle « Je n’appelle pas tant qu’elle ne crie pas au secours ». Pacifiste et contre la peine de mort, je me suis même parfois surpris à souhaiter qu’il se fasse rouler dessus par un 38 tonnes lors de ses escapades avant qu’il rentre défoncé en gueulant « Sale pute ! » en tambourinant contre la porte à 1h du matin.

Si vous ne cernez toujours pas le personnage, sachez que c’est un homme qui a tenté, un soir où bien heureusement je suis rentré trop tard pour l’entendre, de se suicider en se tranchant la carotide à l’aide d’un couteau de cuisine. Ou encore qu’il s’est déjà posté une heure devant ma porte en m’insultant et en tapant, pensant que c’était de ma faute s’il était parti 1 semaine en prison et qu’on lui a enlevé ses chiens, après s’être fait embarquer lors d’une soirée où il a failli se battre avec un voisin pour ensuite se battre avec les forces de l’ordre. Ou même qu’il a déjà menacé de brûler la résidence entière pour punir tout le monde (et connaissant le personnage, il en était tout à fait capable).

Mais pourquoi je vous raconte tout ça ?

Parce qu’en attendant, c’est la Femme qui le subit au quotidien. C’est la Femme que j’ai laissé à son propre sort en partant. C’est la Femme qui subit ses coups et ses insultes répétées. C’est elle qui ne porte pas plainte. C’est elle qui ouvre sa porte. C’est elle aussi qui boit. C’est elle qui a peur.

Et on peut se demander pourquoi, et je me le suis demandé, elle ne porte pas plainte. Avec tous les chefs d’accusations, témoignages, etc. il y avait sûrement moyen d’agir !
Une amie journaliste, qui a longuement travaillé sur la question de la condition féminine, m’a confié récemment que les procédures judiciaires sont très maigres et qu’au final, c’est extrêmement difficile d’inculper quelqu’un pour violences conjugales, plus encore de le condamner et encore plus avec le témoignage d’une femme terrorisée.

Elle est donc condamnée à subir. Les bouches se taisent, les gens partent et les efforts s’affaiblissent. Mais ce cas n’est pas isolé. Nous le savons tous. Et d’y avoir été confronté sans avoir rien pu arranger me laisse un goût amer d’impuissance.

En écrivant ces mots, j’espère pouvoir en sensibiliser quelques-uns, juste quelques personnes, car c’est seulement en s’unissant que nous pourrons changer les choses et accompagner ces personnes laissées à leur solitude. C’est l’histoire de l’Homme et de la Femme, mais c’est aussi l’histoire de beaucoup d’autres personnes. De femmes, d’hommes, d’enfants, de vieux, de jeunes. En espérant vous avoir rendu mal à l’aise.

Gabriel T.

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