Une nuit agitée à l’école des Beaux Arts

L’école des Beaux Arts de Bordeaux se prépare à accueillir une nouvelle directrice, dans une ambiance contestataire, sur le banc des professeurs comme sur le celui des étudiants.

Retour sur bouleversement

L’école des Beaux Arts de Bordeaux a apprit la nomination de Sonia Criton au poste de directrice dans la presse, puis par un communiqué de la mairie. Lors du vote consultatif du conseil d’administration, la candidate n’avait pourtant pas obtenu les deux tiers des voix nécessaires pour que son projet soit retenu. Les vices de procédures ont été soulignés dans un recours gracieux, qui n’a pour le moment pas suscité de réponse de la part de la mairie. L’absence de concertation avec l’équipe pédagogique, de débat préalable et d’audition des candidats pose problème. En contradiction avec la législation (les accords de Bologne), le jury de représentants administratifs (au niveau local, régional et étatique) a élu Sonia Criton sans considérer la liste de préférence élaborée par le conseil d’administration, où l’intéressée occupait l’avant dernière place.

Un projet pédagogique à contre courant

Si l’idée de remodeler l’enseignement aux Beaux Arts n’est pas dépourvu de sens et considéré par certains comme une nécessité, le projet de Sonia Criton est massivement rejeté pour son caractère restrictif. Il représente une véritable menace pour le système pédagogique singulier de l’école des Beaux Arts. Organisé autour de la spécialisation des parcours, la feuille de route de la nouvelle directrice s’oriente vers une séparation entre art et design, mais aussi design d’objet et d’espace par exemple. Les étudiants soulignent que l’objet ne s’envisage pas sans l’espace, et que cette spécialité existe dans d’autres formations comme les écoles de design. Ils ont écrit une lettre de revendication, où ils défendent la transversalité de l’enseignement : des parcours singuliers et atypiques, en opposition au modèle universitaire classique, et refusent des formations qui les placeraient dans des cases. Le vocabulaire économique et la vision entrepreneuriale de la nouvelle directrice contrastent vivement avec les valeurs des Beaux Arts : image de marque, retour sur investissement, rendement quantitatif, rentabilité des actes et prime de fin de semestre… Autant de termes qui ne se marient pas avec une conception de la création artistique comme un acte désintéressé, comme le soulignait Benjamin Constant : L’art pour l’art, et sans but ; tout but dénature l’art.

L’Ecole de Nuit

Pour s’élever contre le projet pédagogique et la nomination contestable de la nouvelle directrice, les étudiants des Beaux Arts ont mis en place l’Ecole de Nuit début mars. En occupant l’école hors des heures de cours, ils cherchent à s’approprier l’espace et à montrer qu’il est légitime de prendre leur avis en considération. Ce projet de cogestion a été présenté par les représentants étudiants, et approuvé par le directeur intérimaire de l’école, l’occupation se fait donc pour le moment avec la complicité de la direction… L’Ecole de Nuit a été créée pour organiser la mobilisation dans un premier temps, recueillir les idées de contestation et réfléchir à la façon de faire entendre la voix des étudiants. Sur un fond d’assemblée générale, les réunions sont libres et sans hiérarchie, les idées s’entremêlent dans une certaine harmonie. L’Ecole de Nuit a dépassée le cadre de la mobilisation contre une orientation pédagogique en s’interrogeant sur l’apprentissage et la création aux Beaux Arts. La “confrérie” – dont le nombre et la composition changent de jour en jours – a composé conférences et projets, projections de films et mise en place d’ateliers, en invitant professeurs, artistes et intellectuels. L’expérience collective fait s’entrecroiser les projets dans un espace d’échange ouvert, qui fait de chacun des participants un acteur apportant sa pierre à l’édifice. L’écoute et le débat ont pour dessein un dialogue équilibré entre étudiants, enseignants et dirigeants pour reconsidérer l’enseignement dans une école d’art.

L’entrée en fonction

Sonia Criton est arrivée à l’école le premier avril. Coïncidence ? Je ne crois pas. Blague à part, la venue de la nouvelle directrice a provoqué de nombreuses réactions à l’Ecole de Nuit. La porte de son futur bureau (qui avait déjà été murée) a été forcée et celui-ci vidé, y compris de ses dossiers. Les murs ont été recouverts de leurs lettres de revendications. Avant même l’arrivée de la directrice le matin, tout aurait été enlevé… Malgré un mail d’avertissement dénonçant leur “vandalisme”, l’Ecole de Nuit est maintenue avec l’autorisation de l’administration. Elle sera désormais sous tutelle d’un professeur et sous réserve de la signature d’une charte de bonne tenue. Avec diverses formes d’expressions – concerts dans le parc, barbecue réunissant les élèves, slogans comme “ poison d’avril ” sur les grilles de l’école – les étudiants continuent de s’exprimer contre le projet de leur nouvelle directrice. Les réunions se poursuivent chaque soir à l’Ecole de Nuit pour mettre en place de nouvelles formes de contestation et définir la position des étudiants face à l’arrivée de Sonia Criton. Ce 2 avril, les professeurs ont organisé une rencontre avec elle pour entendre ses propositions sans pour autant mettre en place un dialogue, qui viendra probablement dans un second temps. Affaire à suivre…

Sarah U. 

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