Enquête : la prison la plus sécurisée et la plus violente de France

La prison la plus sécuritaire de France a ouvert ses portes en mai 2013, à Alençon-Condé sur Sarthe, dans l’Orne. Elle s’étend sur 35 hectares, comporte trois bâtiments complètement indépendants, forts d’une double enceinte de murs bétonnés et de portes particulièrement sécurisées, avec des cellules closes en permanence pour maintenir les détenus dans un régime d’isolement. Elle a été crée pour cadrer les détenus les plus extrêmes, condamnés à de longues peines, pendant une période de 9 à 12 mois. La prison a été pensée dans une logique individualisée et segmentée, contrairement aux prisons classiques qui accordent de l’importance à la vie collective. Les prisonniers sont très encadrés autant dans le temps que dans l’espace, ils ne peuvent ni sortir quand ils veulent ni sans surveillant. Etant donné que la plupart ont connu des modes de détention où ils étaient plus autonomes, la situation entraîne des rapports de force difficiles à gérer. Et pour cause, on y emprisonne les détenus les plus dangereux, ceux qui ont été exclus des autres centres pénitentiaires. Cependant ce centre n’est pas une solution à long terme, il doit permettre aux détenus de rejoindre des régimes plus autonomes, retrouver une place dans la vie collective afin de se tourner vers la réinsertion.

Depuis l’ouverture en mai 2013, on recense dix-huit « agressions physiques significatives ». A l’image d’une prise d’otage d’un surveillant stagiaire pendant quatre heures, par un premier détenu été condamné à 14 reprises, ayant connu 83 prisons et un second condamné 28 fois et libérable en 2031. Les prisonniers auraient fait pression sur lui pour changer d’établissement, la requête la plus souvent mise en avant. En décembre, une vingtaine de détenus s’étaient rebellés pour revendiquer le droit de pouvoir circuler librement entre les cellules, comme dans les autres prisons. Les agressions physiques sont nombreuses, avec des armes comme des pics en bois artisanaux, des chaussettes utilisées comme des frondes, des cintres, des poinçons…
Une élue de la CGT pénitentiaire explique que le projet « associe des longues peines – donc des gens qui n’ont rien à perdre – avec des profils psychologiques, bref les cas les plus complexes ». Pour elle, le centre pénitentiaire était un échec annoncé puisque réunissant les détenus les plus violents et les plus perturbateurs. Si certains soulignent qu’il faut des lieux suffisamment sécurisés pour les populations les plus dangereuses, la réalité de leur isolement, qui les prive quasiment de toute vie collective, peut avoir des conséquences sur leur violence.

Le pénitentiaire a fait le choix de compter parmi ses surveillants des stagiaires n’étant pas encore titularisés, presque la moitié. S’ils ont moins d’idées reçues sur les conditions pénitentiaires et une plus grande capacité d’adaptation, ils n’en restent pas moins inexpérimentés face à des situations complexes de rapport de force, que les détenus connaissent depuis plusieurs années. De plus, la configuration de la prison fait que tous les agents ne sont pas au contact de la population carcérale (miradors, postes de surveillance de promenade ou de portes d’entrées…), et que ceux qui lie un lien avec les détenus peuvent se retrouver isoler. Le manque de lien humain, entre les surveillants comme avec les détenus serait une limite significative au bon fonctionnement du pénitentiaire. Dès décembre, des surveillants manifestaient pour dénoncé un sentiment d’insécurité lié au niveau de violence des détenus mais surtout au manque d’effectif, souligné par un membre du personnel : « Il n’y a que deux agents par étage alors qu’il en faudrait quatre ». La direction reconnaît que le personnel n’a pas été suffisamment préparé aux réactions des détenus, qui en plus d’être connus pour leur agressivité et leur refus de l’autorité, se trouvent dans un contexte de contrainte permanente.

Quelle solution pour des détenus condamnés à des dizaines d’années, ne respectant pas les règles des pénitenciers ? Une prison de haute sécurité, à problèmes, évacuant les violences des autres centres de détention ? La réponse du centre d’Alençon-Condé n’est pas encore satisfaisante et devrait être renforcée.

Sarah U

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