Libération : Crise, résistance & démission

Nicolas Demorand son tablier

C’est par une notification push du Monde que la plupart des Français ont appris la nouvelle Jeudi matin. Nicolas Demorand démissionne. Conséquence et obligation d’un climat de crise que traverse son journal depuis quelques jours. Nicolas Demorand est-il pour autant un bouc émissaire ?
Dans son interview-démission qu’il a confié au Monde et dans son passage télévisé hier au Grand Journal, il s’explique sur ce geste. Déjà critiqué depuis de longs mois et n’étant pas revenu au siège de la rédaction depuis quelques jours. Il sacrifie son poste pour que le journal puisse négocier sa survie.
Cette grève de Libération a eu lieu vendredi 7 février. Elle est survenue lorsque ses journalistes ont pris connaissance du projet proposé par les actionnaires du journal pour relancer ce dernier (à lire ici).
Ces derniers veulent fructifier la marque « Libération ». Leur choix ? Que Libération devienne « un réseau social, créateur de contenus monétisables sur une large palette de supports multimédias (print, vidéo, TV, digital, forums, évènements, radio, etc.) ». Quant à l’immeuble qu’occupe actuellement la rédaction et qui se situe 11 Rue Beranger, il doit devenir « Un Café Flore du XXIe siècle ». C’est à dire « un espace culturel et de conférences comportant un plateau télé, un studio radio, une newsroom digitale, un restaurant, un bar, un incubateur de start-up », le tout désigné par Phillipe Starck. 

Inutile de dire que ce texte a eu l’effet d’une bombe dans la rédaction. Stupéfaction et colère, chez les journalistes qui crient à un « putsch des actionnaires ». « Il faut déménager le journal, mais garder le joli logo. Éjecter les journalistes, mais monétiser la marque ». Le lendemain cette Une de révolte parait « NOUS SOMMES UN JOURNAL ». 6932297

« Si les salariés refusent, Libération n’a pas d’avenir » 

Car oui, la situation de Libération n’est pas franchement enviable.
On le sait depuis des années, le quotidien fondé par Serge July et Jean Paul Sartre qui vient tout juste de fêter ces 40 ans, est en difficulté. Crise de la presse et spécificité de cette « PME » (Libération n’appartient à aucun groupe de presse) font que le journal connait régulièrement des conflits en son sein et économies drastiques pour pouvoir survivre.

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L’arrivée de Demorand, tout droit débarqué d’Europe 1 en 2011 pour remplacer Laurent Joffrin était pourtant bien accueilli par les salariés (qui l’ont élu à près de 56,7 %). Et son envie de faire basculer le journal dans l’ère du numérique était légitime. Mais par ses propres mots dans l’interview du Monde d’hier, il confie que son job consistait plutôt à « passer son temps à chercher de l’argent pour boucler les fins de mois…auprès des annonceurs,des mécènes, de la puissance publique, pour éviter que le journal ne mette la clé sous la porte ».
Il subira quatre motions de défiance, sera démis de ses fonctions de directeur de la rédaction et de la publication, avant de finalement jeter l’éponge. Il espère cependant que son départ débloquera la situation avec les actionnaires. Que Libé ne paraisse plus, ça Demorand « ne peut l’imaginer ».

Car comme l’a spécifié Bruno Ledoux « Si les salariés refusent, Libération n’a pas d’avenir ». L’actuel propriétaire de l’immeuble 11 Rue Beranger (via compte offshore d’après Médiapart ) est le principal actionnaire avec Édouard de Rothschild (53,28 % du capital à eux deux). Ils doivent dorénavant négocier avec une rédaction en colère et avec une épée de Damoclés au-dessus de leur tête.
Car oui le plus grand quotidien de gauche de France se meurt et le compte à rebours a commencé. Si la situation ne se débloque pas avant Mars, les salaires ne seront plus versés et la parution de Libération sera mise en péril.

Et ça, même au gouvernement, la pilule aurait du mal a passé. Pensez y, un monument de gauche qui mourrait sous un mandat d’un président socialiste. Ce n’est pas envisageable pour François Hollande qui s’est dit « préoccupé ». Ainsi comme le révèle le Monde, l’état a versé en grande partie et de manière anticipée, les aides à la presse pour Libération (soit 3 millions d’euros). Ces aides seront d’ailleurs en baisse puisque les ventes en kiosque ont baissé de 28,8 % par rapport en 2012, soit en dessous des 30 000 exemplaires.

La lutte se fait aussi sur Twitter.

Plus que jamais, le réseau social est aussi une tribune de défense du journal. Même si il montre aussi l’entente difficile au sein du journal, surtout entre Demorand et le reste de l’équipe comme le révèle certains tweets :

Et donc Demorand démissionné de Libe mais l’annonce au Monde. Classe, classe.

— Mathilde Carton (@MathildeCarton) 13 Février 2014

Attention, accrochez-vous, nous allons faire notre 0,1 article de la semaine sur les internets.

— Garriberts (@Garriberts) 13 Février 2014

Mais ce n’est pas tout , certains règlements de compte se font par tweet interposé entre les journalistes de la rédaction. Comme les attaques envers Jean Quatremer, envoyé Libé à Bruxelles, et qui s’est attiré les foudres après avoir eu le malheur de retweeté une fausse une de Libé et critiqué l’état d’esprit de la rédaction lors de son passage à la Nouvelle Édition de Canal +

Libéclash

Mais les journalistes de Libé n’ont quand même pas manqué de montrer leurs soutiens et de rire aussi de leur situation notamment par un tumblr http://noussommesunjournal.tumblr.com/

Les machines à café de #Libé transformées en Tumblr de soutien. Un peu de caoua, un nuage de love, et ça repart. pic.twitter.com/gDfuF6OpKM

— Jérôme Balazard (@JeromeBalazard) 10 Février 2014

« Allô, Libé Resto ? Est-ce qu’il vous reste une table pour quatre vers 21 heures ? » pic.twitter.com/AhAuSC0HM5

— NousSommesUnJournal (@nousjournal) 10 Février 2014

« Un bagel n’a jamais sorti une info ». La rédaction de Mediapart avec les salariés Libé : http://t.co/EADpN1VA1I

— Fabrice Arfi (@fabricearfi) 10 Février 2014

BONUS : Vincent Glad, a relevé que la vague de merchandising de la marque Libération avait déjà été bien entamée. http://www.slate.fr/story/83341/liberation-nous-ne-sommes-pas-une-valise-un-parapluie-et-un-pop-store, avant de relayer la lutte « légitime » d’un groupe FB pour « Le retrait de l’image de Daniel Darc sur une valise Libération ».  qui a eu …gain de cause.

Tiens, la valise Daniel Darc n’est plus en vente sur le site Libé. Pour une fois qu’une page Facebook a gain de cause http://t.co/yWcS0rgMUH

— Vincent Glad (@vincentglad) 14 Février 2014

Martin N.

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